Les archives des commentaires poétiques de Mohamed Salah Ben Amor : 28–Les poèmes de Najib Bendaoud : 28 -2 :Femmes amoureuses

Najib Bendaoud

 

Des cigarettes dans un café
Des vers dans un verre assoiffé
Des lumières qui s’éclipsent
Des histoires qui se tissent 
Des membres gauchement exténués
Un vide rempli de silence
Une âme outragée vagabonde
Des musiques harassées 
S’estompent
Un temps éreinté de peine
Des choses courbatues
Me hantent
Des couleurs qui se déguisent
Des mélodies brisées
Des temps oisifs souffrant
Dans mon espace soupirant
L’air d’une absence
Le blanc d’un blanc
J’ai tant cherché l’amour
Dans ma solitude truffée de femmes
En vain
Je succombe dans mon noir léger
Et je ne trouve
Que des femmes amoureuses

 
Le tableau qui nous est brossé dans ce poème s’inscrit dans l’orientation globale de son auteur qui s’est spécialisé depuis ses débuts dans la poésie amoureuse. Et comme la majorité de ces poèmes aussi, il tourne autour de l’un des innombrables sous-thèmes qu’offre cette poésie :la privation de l’amour (J’ai tant cherché l’amour/Dans ma solitude truffée de femmes/en vain) ,laquelle a été si bien traitée dans le fameux ouvrage intitulé Le collier du pigeon de l’écrivain arabe andalou  Ibn Hazm (mort en 1064 après J-C. ) .
Mais si ce thème a toujours été très répandu, du fait des difficultés naturelles que rencontre tout individu dans sa quête du plus noble des sentiments et qui consistent surtout à ne pas trouver l’âme-sœur idéale, ce qui l’oblige soit à vivre seul, soit à se contenter d’un compagnon ou d’une compagne de fortune, cela n’empêche pas  le vrai poète, celui qui  est vraiment  doué, de le traiter d’une façon nouvelle.
D’autre part, quel que soit le cas dans lequel se trouve le poète, il est irrémédiablement gagné par l’insatisfaction, laquelle peut dégénérer en frustration au sens psychanalytique du terme ,c’est-à-dire en un état pathologique, comme on le constate dans ce poème où l’âme du locuteur patauge dans une mer d’embuches aussi bien externes (Des cigarettes dans un café/Des vers dans un verre assoiffé/Des lumières qui s’éclipsent/Des histoires qui se tissent /Des membres gauchement exténuésetc.)Qu’internes (Une âme outragée vagabonde – Des choses courbatues/ Me hantent – Des temps oisifs souffrant/ L’air d’une absence).
Reste maintenant un point à éclaircir relatif à la cause profonde de la frustration dont souffre le locuteur et que la fin du poème (J’ai tant cherché l’amour/Dans ma solitude truffée de femmes/En vain/Je succombe dans mon noir léger/Et je ne trouve/ Que des femmes amoureuses) a laissé ambigüe : est-ce qu’il n’a pas rencontré parmi ces femmes un cœur libre et inoccupé ? Ou bien sont-elles  toutes amoureuses de lui mais aucune d’elles ne l’a tapé dans l’œil ?
Stylistiquement, deux procédés de base ont été utilisés : l’accumulation des éléments sur lesquels a été projeté l’état dont souffre le poète et le retardement jusqu’à l’ultime vers de la cause qui était à l’origine de ce sentiment négatif, et ce, afin de créer un effet de surprise.

 

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