Les archives des commentaires poétiques de Mohamed Salah Ben Amor :41–Les poèmes de Dominique Montaulard Ziani :41-13 : Géographie

Dominique Montaulard Ziani

 

Inventons-nous un univers d’amour

Dont ton sourire sera le soleil

Et tes yeux des lacs paisibles

Où j’irai me baigner…

Tes bras sur ma taille

Seront les frontières de ce monde

Inaccessible aux importuns.

Nous seuls en aurons la clé.

Je me promènerai au hasard

Des vallées et des rivières ombragées.

Douce géographie de ton corps parfumé.

 

L’une des clés convenables à ce genre de poèmes est  la trinité des termes suivants : imagination , imaginer et imaginaire .L’imagination étant la faculté de se représenter un objet ou un fait même en son absence .Et ce même mot  est aussi le substantif du verbe imaginer qui signifie l’opération mentale par laquelle on utilise cette faculté .Quant à  l’imaginaire, il  est le produit de cette opération mais on l’utilise spécifiquement  dans la langue académique pour désigner le monde auquel aspire un groupe ou un individu .Dans ce texte-ci  où l’attention de  la poétesse est focalisée, du début jusqu’à la fin, presque entièrement sur les images , elle a fait appel ,  tout principalement  à son imagination, sachant que le poète et l’artiste , en général, dispose d’autres facultés qu’il peut  mettre en fonction selon les besoins au moment de l’acte créatif dont surtout  la sensibilité, l’intuition , l’émotion , la perception …etc.…. Et le résultat  de l’usage de cette compétence mentale est un imaginaire sentimental proprement dit  incarnant un rêve amoureux  relevant du merveilleux  au sens où l’entend  le philosophe franco-bulgare Tzvetan Todorov ( né en 1939  ) c.à.d. le récit  où les données du monde surnaturel sont acceptées comme allant de soi par le lecteur  telles qu’on les rencontre dans les contes de fées où on ne s’étonne pas de l’existence des créatures chimériques comme  le dragon ou le fantôme .En effet, la locutrice, éperdument amoureuse , se crée pour elle et  pour son bien-aimé un univers fantastique fait à leur ( ou plus exactement à sa ) propre mesure  et répondant à son désir ardent de fusionner aussi bien corporellement  que spirituellement  avec lui ,dans l’espoir  d’atteindre le summum de la plénitude et de l’extase dont elle se sent frustrée . De cette image charnière globale sur laquelle a été construit le poème tout entier , l’auteure  a réussi à générer un ensemble de sous-images frappantes  par leur caractère surnaturel telles que ( inventons-nous un univers d’amour dont ton sourire sera le soleil et tes yeux des lacs paisibles – tes bras sur ma taille seront les frontières de ce monde ) .