La poétesse syrienne Suzanne Ibrahim :la philosophie de notre époque actuelle nous amène vers l’anarchie créatrice

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La poétesse syrienne Suzanne Ibrahim

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  • Les réseaux sociaux et notamment le facebook ont permis d’élargir les horizons de l’écrivain arabe en général, vu que sa voix arrive dès lors avec une extrême rapidité à des milliers de lecteurs et que plusieurs voix littéraires lui parviennent avec la même allure. Cette nouvelle situation vous impose-t-elle une responsabilité quelconque ?

 

  • Il me plait de considérer les réseaux sociaux et surtout le facebook comme un sixième continent, puisqu’il n’y en a réellement que cinq dans le monde. Ce continent supplémentaire, bien que virtuel, est plus juste, plus démocratique  et plus ouvert , du fait qu’il  permet à n’importe qui  lui formulant  une demande d’entrée , d’y adhérer en tant que membre  à part entière .Ainsi,  ses habitants accroissent d’un jour à l’autre . Et à l’instar de tous les états du monde, il abrite toutes sortes d’humains  des points de vue  niveau culturel, appartenance intellectuelle et  préoccupations. Ici, il n’y a  ni frontières, ni  d’accords, ni  visa. Mais il y a, en revanche, un contrôle de la langue qui ne doit pas descendre au dessous d’un niveau minimum .Pour cela bien entendu, il y a dans ce continent  deux côtés  opposés :l’un est positif et l’autre est négatif …le positif est  qu’il offre à tous ses membres la possibilité de s’exprimer à leur guise  et à montrer leurs prouesses  dans tous les sens, quel que soient  le niveau et l’intérêt de ce qu’ils écrivent. Et dans cette terre fertile,  l’écrivain grandit  peu à peu, grimpe les distances et les espaces , construit des ponts  vers d’autres personnes  avec lesquelles il a  en commun un intérêt ou un désir ou un projet quelconque …Certes, une multitude de voix d’individus qui prétendent être des écrivains  domine, à cause de cette ouverture  sans limite, le facebook de bout en bout ,mais l’écrivain authentique  peut , malgré tout, tirer profit de cette promenade inédite ,en se créant un public  et en gagnant de nouveaux  lecteurs,  par plus d’acharnement  dans le  travail et  plus de concentration sur ce qu’il écrit ,en vue d’élever son texte à un haut degré de perfectionnement,  car il est obligé de  le mettre ensuite   sur le trottoir de facebook c.à.d  à  la portée de tous ceux qui désirent le lire  ou le commenter  …Oui assurément ,  il y a là une responsabilité  que l’écrivain doit assumer dans ces espaces virtuels …cette responsabilité  est de dépasser  l’état actuel des choses , de se porter  éclaireur  et de franchir de nouveaux pas .

 

  • Au milieu de cette multitude de textes poétiques et narratifs qui se bousculent dans les réseaux sociaux à l’infini, on a remarqué la quasi- absence de la critique contre l’abondance des expressions de complaisance et surtout la fameuse « J’aime ».Et le résultat de cette pratique est que des milliers de personnes qui écrivent la poésie ou le récit croient vraiment  qu’ils sont réellement des poètes et des romanciers et se sont mis à se comporter en tant que tels .Ne voyez-vous pas que cette situation porte un préjudice grave à la Création littéraire , étant donné qu’elle met sur pied d’égalité le vrai et le faux créateurs ?

 

  • Il n’y a là, à ce que je pense, rien de nouveau, car ce qui s’applique au monde réel   s’applique aussi au monde virtuel  comme   le facebook par exemple. En effet , les gens qui sont ici  sont identiques  à ceux  qui sont là. Et  conformément à ce que leur dicte leur nature humaine, ils se lèguent des maladies sociales qui découlent de l’héritage culturel  et des us et coutumes qui leur ont été transmis  par leurs aïeuls… ce qui explique que les gens sur facebook, au lieu de  changer positivement sous l’effet de l’usage de ces nouvelles techniques,  essayent de les adapter d’une manière contraire à certaines  de leurs mauvaises habitudes qu’ils devraient s’en débarrasser afin de  se diriger  tout droit vers l’avenir. Les éloges, la flatterie et la panégyrique  emphatique  des écrivains et surtout des écrivaines   ont conduit, exactement comme ce qui se passe  d’ailleurs dans le mode réel, à la constitution d’une catégorie d’ « écrivants » .Et ceci est , à mon avis,  normal et naturel, du fait que dans chaque terrain fertile il y a des herbes nuisibles ou  parasites .Et c’est l’absence de la critique qui aide à la  prolifération de ces « écrivants » comme les champignons dans les bois après  une pluie .L’existence de cette catégorie est  normale et connue de tout le monde dans tout lieu et temps …certains d’entre eux écrivent pour dépeindre leur intérieur et affirmer leur Moi ou dans l’espoir d’accéder au rang des écrivains éminents mais les intentions et les souhaits ne créent jamais de bons écrivains !Pour cette raison, il faut que la critique  qui s’est trop absentée fasse un saut spécifique  dans tous les domaines de la vie car son absence est  une cause essentielle de notre retard flagrant par rapport aux sociétés avancées .Et cet état déplorable est dû au fait  qu’aucun de nous n’ose mettre en question notre passé ou notre patrimoine ou notre histoire. Que dit-on alors de textes écrits par des adolescents et des adolescentes ?Cependant, en dépit de tout cela,  le vrai créateur ou l’écrivain authentique mise  aussi bien sur  son texte, son évolution et sa transgression des normes établis que sur le facteur temps, parce que beaucoup d’imposteurs tombent en cours de route  à cause de la  tortuosité du chemin à parcourir et des grands sacrifices qu’il exige d’eux sans qu’ils soient capables de  les consentir.

 

  • On a remarqué que les revues littéraires en papier souffrent aujourd’hui de plus en plus de marasme, à cause de la hausse des coûts de leur impression, de la difficulté de leur distribution et de la récupération des montants de la vente. Ne voyez-vous pas que l’imprimé sur le papier est plus important pour l’écrivain que l’imprimé sur les supports électroniques, puisque c’est lui qui restera, en fin de compte, tandis que l’autre est menacé, à tout moment, de disparition, car il suffit que le propriétaire d’un site électronique donné le désactive  par un simple clic ou meurt  pour que les textes qui y sont publiés disparaissent ?

 

  • Ceci ressemble, dans une large mesure, à la lutte entre les générations…Tout le monde  penche , en effet, aujourd’hui pour l’équation suivante : ceci ou cela ! Mais n’y a-t-il pas une zone médiane entre ces deux extrêmes ?  Chacune des deux sortes d’impression : sur papier ou électronique  a aussi bien des qualités et que des  défauts .Nous ,en général  c.à.d. les personnes de ma génération et de celle qui nous a précédés sommes des « êtres en papier », du fait que nous  avions  utilisé  pendant longtemps le papier, au point où s’est créée une relation très intime entre nous et lui …son odeur, son toucher, le son qu’il émet lorsque vos doigts le touchent …sa blancheur qui vous défie ainsi que votre plume et votre intellect …et aussi parce qu’il est vivant et chaleureux  .Ne  provient-il pas  des arbres et des forêts? …Néanmoins, nous ne pouvons , du moment  que nous  venons de mettre le pied sur le seuil du troisième millénaire ,demeurer hors du temps .Car à chaque époque ses outils propres et quiconque se passe de ces outils  se retrouvera,  quelques années  après, analphabète …il faut  donc reconnaître que la publication électronique est plus facile , touche plus de public  et est moins coûteuse …en  plus elle permet à l’écrivain de publier ses textes un peu partout sur notre globe dans les sites électroniques des journaux et les blogs ou autres similaires .Mais tout ceci ne veut pas dire qu’il faut éliminer le papier , car il est plus sûr  dans la conservation de nos archives …Pour cette raison, tirons profit des possibilités et des facilités que l’impression sur papier  et l’impression électronique mettent à notre disposition et considérons la seconde comme un moyen de soutien supplémentaire…Et étant donné que  je suis pour la protection de l environnement et des forêts , je souhaite que l’usage du papier se réduise  au strict minimum .

 

  • En tout cas, ne serait-il pas utile que la publication sur papier (dans une revue ou sous forme de livre)  demeure  pour l’écrivain le mode principal et constant  tandis que la publication sur le net  reste complémentaire, par exemple  pour informer de la sortie d’un livre ou pour communiquer avec les amis ou d’autres écrivains ?

 

  • Oui c’est à peu près ce que j’ai dit dans ma réponse précédente…Tout ce qui est publié sur le net  est pour la commercialisation et l’ouverture de nouveaux portails afin d’atteindre d’autres  éventuels lecteurs  …Mais l’écrivain, en fin de compte, tient beaucoup à réunir ce qu’il a publié dans les supports électroniques,  dans un livre en papier qui demeurera témoin de son œuvre, sans compter que  les deux modes peuvent se cumuler , comme chez les grandes maisons d’édition et ce,  pour faciliter l’atteinte du plus grand nombre possible de lecteurs.

 

  • On remarque dans les milieux culturels sur les  deux plans : arabe et mondial la disparition des groupements et  des mouvements littéraires que mènent des chefs de file,  contre l’orientation des poètes et des écrivains vers l’approfondissement de leur expérience individuelle, contrairement à ce qui était  presque de règle durant le vingtième siècle. Comment expliquez-vous  cette tendance générale ? Pourquoi les hommes et les femmes de plume  laissent-ils  aujourd’hui de côté l’idée de s’organiser au sein de mouvements ?

 

  • C’est , à ce que je le suppose, la philosophie de la nouvelle époque au début de ce troisième millénaire. Et je ne crois pas que tous les mouvements qui avaient marqué le vingtième siècle  aient apparu par hasard .Le plus logique est  que leur apparition  était une conséquence naturelle de la philosophie de cette époque…Ce sont les laboratoires de recherches philosophiques théoriques qui génèrent les nouvelles idées .Et les écrivains  restent les principaux visés  par ces idées, car c’est à travers leurs écrits et la quintessence  de leur génie   que se répand la philosophie adoptée. C’était une nouvelle station dans la vie de l’humanité . D’un autre côté, ces expériences  avaient épuisé les opportunités qui leur étaient offertes  et avaient dit  tout ce qu’elles avaient à dire…Par contre,   la nouvelle philosophie nous amène vers l’anarchie créatrice où tout est  entremêlé et embrouillé…Et cette période peut s’allonger encore plus jusqu’à ce qu’apparaisse  une autre philosophie  ou d’autres mouvements …C’est la philosophe du choc des  civilisations et  de la fin de l’histoire…Observons donc la philosophie , les philosophes et leurs thèses  pour connaitre les orientations de la littérature et  de  l’art en tout lieu et temps.

7 commentaires

  1. Comment puis-échanger avec Suzanne Ibrahim?
    Très cordialement

  2. J’ai cet entretien d’une seule traite. Les questions sont très profondes et pertinentes quant aux réponses, elles vous fascinent. Je me suis trouvé, par ricochet, émerveillé par les multiples analogies utilisées par notre écrivaine adorable. C’est à redéguster.

  3. J’ai lu cet entretien d’une seule traite. Les questions sont très profondes et pertinentes quant aux réponses, elles vous fascinent. Je me suis trouvé, par ricochet, émerveillé par les multiples analogies utilisées par notre écrivaine adorable. C’est à redéguster.

  4. ODE DEDIEE A AYLANE
    « Impitoyables vandales » « Scènes barbares » et « Le derme des cistudes :

    hg
    « IMPITOYABLES VANDALES »

    Si elle peut être chants ou slogans, rarement une arme,
    La poésie est image et sens, spleen et vague à l’âme.
    Elle jouit des mots, des jeux de verbes, au rythme
    Des amoures bacchanales et des sons lubriques.

    Equations sataniques, d’impitoyables vandales,
    Les mathématiques pures, chiffres cinglants de logique,
    Avec un H quand même, au titre de ce texte,
    Sont les garantes obscures des sciences ardues.

    Physique, chimie et autres sciences dures,
    Ondes et lumières, des astres à l’architecture,
    Mal employées ou de sinistres factures,
    Armes et finances, le pouvoir en mains,
    Ne sont que tyrannies, que désastres et crimes !

    Leurs forfaits cyniques nous les font si haïr.
    Tels ces chaînes, ces carcans, ces fouets !
    Dynamites et bombes, l’homme est sous le feu
    Des scélérats sataniques, abhorrés et abject!

    Faut-il les renier pour ces crimes et les maudire?
    Ces guerres, partout incessantes et allumées,
    Exils par millions de déportés, enfants noyés…
    Scènes immondes, ô sinistres mathématiques !

    *0*

    « SCENES BARBARES »

    Occire la Syrie, après l’Irak, son pétrole, la Libye…
    O Sunnites, ô Chiites, vos guerres si viles, importées…
    Par la main des Daech, la Mésopotamie déchirée,
    Ces ruines de Palmyre, son temple, qu’on pilonne
    Ces méchouis humains grillés au kanoune.

    ô Lawrence d’Arabie, ce Yémen des Sabath,
    La geisha de Salomon, de David le digne fils,
    Qui parlait aux bêtes, ses démons de service,
    Conquit la sublime Queen de Saba, la Belle-Kiss…

    Ah, tes jambes de djinn, tes pagnes de métisse,
    Tes Proverbes, tes Psaumes, tes Bibles oubliées…
    Où sont tes ors, tes charmes et tes épices ?
    Reine de Saba, Belqis, qu’as-tu fait de tes fils ?

    Et, voici qu’au Yémen se déchirent les Houtys !
    Romps avec la mort, vole à leur secours, agis !
    Renaît avec les Quatre Cavaliers et ressuscite
    Avant que l’Apocalypse ne fasse de l’univers
    Et des cieux, un trou noir sans galaxies !

    *0*

    « LE DERME DES CISTUDES :
    A Aylan

    ô Ali, ô Hassan, ô Houssaïne, ô Aylan de Kurdie,
    Flottant sur les vagues, l’ange s’est échu en Turquie.
    La mer a refusé d’ingérer l’enfant des bateaux perdus.
    Ses requins, repus, l’ont poussé sur le rivage.
    Il dort, couché sur le sable, les cheveux mouillés.

    Tel le Palestinien que Sion avait canardé,
    Cette centaine de touristes, en Tunisie tués,
    Ces milliers de milliers, vers l’exode poussés,
    Qui enfouis, sous les décombres de leurs écoles
    Qui en prière, en leurs mosquées de quartier.

    O science obscure, qui rend les puissants impunis,
    Et soustrait les tyrans barbares et les terroristes,
    Des sentiments logiques et de toute humanité,
    Reviendront-ils vers leurs terres embourbées ?

    Dr Idrissi My Ahmed
    Kénitra, le 4 Septembre 2015

    LIRE CE POST POUR COMMPRENDRE LE LIEN QUI SOUTEND CET ESSAI
    EN REPONSE A  » LE BINOME PHILOSOPHIQUE : LA POESIE ET LES MATEMATIQUES »
    http://www.alterinfo.net/LE-BINOME-PHILOSOPHIQUE-LA-POESIE-ET-LES-MATEMATIQUES_a116989.html

  5. Mohamed Salah Ben Amor

    Ecrira Mandin comment entrer en contact avec elle

  6. Bonsoir mon ami Mohamed bravo et merci de cette étude littéraire enrichissante et captivante.

  7. Mohamed Salah Ben Amor

    Hakima Mahdi Tres interressant, je le relirai. Merci Mohamed

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