Les archives des commentaires poétiques de Mohamed Salah Ben Amor :39– Les poèmes d’Arezki Hatem:39 -1 : Si dans tes yeux

Arezki Hatem

 

Si dans tes yeux le bleu est la couleur reine,
Où l’on voit vagues et méduses chantant sous les airs des vents,
Dans ton cœur et ses fougueux battements,
Le rouge est couleur de ton cœur impétueux ;
Où veines, artères pleurent la joie en trombes hivernales.
Si dans ton pré, fleurs et émeraudes
Brillent tel un soleil zénithal,
Dans ta fontaine, l’eau jaillisse en scandant ton désir ardent.
Si dans ta nasse je suis l’heureux captif,
A la vue du bleu de tes yeux,
Mon âme ne réclame guère liberté…

 

 
Si le thème amoureux a toujours été l’un des thèmes les plus féconds et les plus riches, aussi bien en poésie qu’en récit, du fait de la forte charge émotive qu’il porte et la grande fascination qu’il exerce sur les cœurs et les esprits, son abord en littérature est des plus risqués, en raison de la masse impressionnante et toujours grandissante des textes qui le traitent et dont la plupart versent dans la facilité, la banalité et la platitude, ce qui pose au vrai écrivain ou poète qui l’aborde le problème très délicat non seulement d’éviter la répétition  mais d’apporter  des idées réellement inédites .
Grâce au flair très fin et bien subtil dont  a fait preuve l’auteur de ce texte dans la plupart de ses écrits poétiques précédents, il  a déployé  dans ce nouveau poème de grands efforts pour sortir des sentiers battus dans ce thème démesurément fréquent.
Ce renouveau s’est concrétisé par la construction de ce  poème sur cinq axes sémantiques:  les deux premiers d’entre eux sont expressément des membres du corps de la bien-aimée ( les yeux et le cœur ) , les deux suivants sont deux éléments empruntés à la nature ( pré/ fontaine )mais présentés métaphoriquement comme faisant partie du même corps et le dernier est global et abstrait ( la forte attractivité de ce même corps à l’égard du locuteur) bien que le poète lui ait emprunté un objet (la nasse ). Et le résultat est une construction harmonieuse en parties ( quatre éléments ) aboutissant à un tout non concret ( le pouvoir séducteur de ce  corps ).

Concernant les éléments constitutifs en eux-mêmes, chacun d’eux a été incorporé au sein d’une métaphore (tes yeux : vagues et méduses chantant sous les airs des vents – ton cœur : veines, artères pleurent la joie en trombes hivernales – ton pré : fleurs et émeraudes brillent tel un soleil zénithal – ta fontaine : l’eau jaillisse en scandant ton désir ardent – ta nasse : je suis l’heureux captif),ce qui a doté le poème d’un style hautement imagé . Et nous ne pouvons finir ce commentaire sans attirer l’attention sur le caractère surprenant de l’image placée dans les deux derniers vers (A la vue du bleu de tes yeux, /Mon âme ne réclame guère liberté…) et dont l’effet est semblable à un coup de gong.

Un poème concis mais habilement ciselé,  malgré le thème abusivement traité dans la littérature mondiale ancienne et contemporaine