Les archives des commentaires poétiques de Mohamed Salah Ben Amor :1- Les poèmes de Jocelyne Mouriesse :1-18- Sur les ans clos…

Jocelyne Mouriesse

Comme une haie de glycérias

Dont l’ombre arroserait le sol

Comme les écorces s’apitoient

A bout de brise se désolent

Comme je reviendrais avec toi

Sur les enclos prendre l’envol

 

Ce mini-poème nous met en présence de deux mondes opposés mais reliés par la relation :contenant/contenu :l’un  qui est le plus ancien et le plus vaste est celui de la nature primitive (plantes  – ombre – sol- – brise ) et l’autre est le monde humain(haie – moi-toi- enclos ).Le premier dénote, en général, la pureté et  la liberté et le second l’encerclement et la captivité qui ne sont que l’œuvre de l’espèce humaine sur terre. Cette dualité de  sens archétypaux bien ancrés dans l’inconscient de tout humain dont celui de la locutrice la  pousse instinctivement à passer outre ces barrières , mais comme à son habitude , elle le fait seulement au niveau du souhait( je reviendrais avec toi/ Sur les enclos prendre l’envol :au conditionnel )au lieu de chercher à l’accomplir  dans le réel par le biais de la confrontation et la lutte , tout en se posant comme sauveur pour son bien-aimé  mais  un sauveur fictif bien entendu, conséquemment à sa nature passive que nous avons décelée dans des commentaires précédents .

Stylistiquement, ce mini-poème est construit sur  une triple comparaison entre trois images parallèles (une haie de glycéries dont l’ ombre arroserait le sol – des écorces  qui s’apitoient à bout de brise et  se désolentla locutrice qui  reviendrait avec  son bien-aimé  sur les enclos pour  prendre  l’ envol ) dont la plus pertinente est, comme on le voit, la dernière parce qu’elle  est le vrai comparé  même si elle peut être considérée aussi  comme un comparant à chacune des deux autres .   Cette image qui  représente la locutrice et son amant a été retardée intentionnellement pour être mise en évidence  conformément à  l’une des bases fondamentales de ce genre poétique  qui est de créer un effet de surprise final .Néanmoins, le point le plus fort dans ces comparaisons est l’ensemble des sèmes communs ( la tendressela câlineriela douceur ) exprimés par le biais de connotations  sans oublier l’homophonie entre «  enclos «  et «  ans clos «  qui marque la sensation  de blocage qui est à l’origine de cet envol final .Ainsi on peut considérer  tout le contenu de ce texte comme le fruit d’une création pure .

Enfin, il est à signaler que je n’ai jamais été d’accord avec l’auteure de ce texte sur le contenu sémantique de ses poèmes .Et la cause de ce désaccord est qu’elle trouve que ce que je dis non-conforme à ce qu’elle a voulu dire alors que ce qui intéresse le critique est ce que le texte dit effectivement et non ce que son auteur a voulu dire !

Commentaire de Jocelyne Mouriesse :

Gliricidia sepium:
La fleur, de teinte rose, entoure de nombreux enclos  à la Martinique. Elle est riche en azote et c’est bon pour enrichir les sols. C’est une plante de la famille des fabacées. Elle fleurit en début d’année, en ce moment.  Par notre soleil aux dents parfois cruelles elle procure aux vaches brahmanes son ombre bienfaisante. L’écorce de ces arbres a la même teinte que ces vaches et se flétrissent avec le temps. C’est beau et émouvant…Regarder les vaches brahmanes au dessus des haies de gliricidias (ou glycérias “nom local”) procure beaucoup d’apaisement.

 

Un commentaire

  1. Très belle analyse et beau poème.

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