Poème du jour (Nouvelle série) 3 : Sonnet monotone par: Abdellatif Bhiri – Safi –Maroc

Abdellatif Bhiri

 

De la clarté vive du jour au crépuscule

Mon cœur est tant ballotté et est alangui

D’infimes trésors empoisonnés il survit

Baignant dans un monde vaste et si minuscule

 

De cette langueur béate qui partout m’assaille

J’extirpe à l’arrachée des soupirs anodins

Subtilisés derechef d’un univers mondain

Qui me retient au bas-fond telle une tenaille

 

L’automne monotone sévit en lourdeur.

La nature désemparée subit en pleurs,

L’atermoiement des orages qui ne tonnent.

 

Cette ambiance maussade fait courber l’échine.

Les cœurs les plus hardis deviennent atones.

Ma muse, elle tergiverse et baragouine !

 

© 2016 Poète Abdellatif Bhiri

 

Commentaire de Mohamed Salah Ben Amor :

 

Le thème de l’automne est l’un des plus anciens et des plus récurrents dans la littérature mondiale, du fait de l’importance capitale que  revêt cette saison dans la vie de l’espèce humaine depuis son apparition sur terre. Cette importance se matérialise dans l’ambiance climatique particulière qui y règne et qui se caractérise par une tendance générale au renouvellement, aussi bien dans la nature  à travers  le jaunissement et la chute des feuilles des plantes  qu’au niveau de l’activité humaine par le biais du labour, des semences  et de la plantation. Pour cela, l’automne est perçu dans la mentalité collective comme un signe positif dénotant l’optimisme et la mutation  vers un lendemain meilleur.

Cependant – et ce qui est étrangement paradoxal – l’attitude des artistes, des écrivains narrateurs et des poètes vis-à- vis de cette saison  a presque toujours été négative, car ils  l’assimilent souvent à la vieillesse et à la décrépitude et réagissent aux changements qui l’accompagnent par l’émission de flots d’affects sombres tels que l’inquiétude, la peur, la mélancolie, le chagrin, la nostalgie… comme on le voit dans ce poème où son auteur brosse du monde environnant un tableau extrêmement angoissant( monotone – ballotté et est alangui – trésors empoisonnés – si minuscule -langueur béate – m’assaille – me retient au bas-fond telle une tenaille – sévit en lourdeur – nature désemparée subit en pleurs – ambiance maussade fait courber l’échine –cœurs atones…).

Et cela s’explique par le fait que la sensibilité aiguisée des créateurs les mène à aller au fond des choses, au delà des visions utilitaires de l’homme commun. Et ce fond des choses, c’est  la vie elle-même qui coule dans tout ce qui animé dans l’univers et  touche l’essence profonde des êtres et que seul le créateur peut percevoir. A ce niveau-là, le niveau des structures profondes de l’être, il existe une harmonie ou, si l’on veut, un accord total  entre la nature et  l’homme , qui fait que tout changement climatique se répercute automatiquement sur son dispositif émotionnel .Mais si l’homme commun le ressent peu ou pas du tout, étant plongé dans ses préoccupations quotidiennes, l’artiste, lui, le  vit de tout son être.

Sur le plan du style, l’auteur de ce poème, qui se distingue souvent par sa langue expressive et bien soutenue, a usé massivement du procédé de l’emphase pour  amplifier  le côté émotionnel afin de retenir l’attention du lecteur, tout en concevant du début jusqu’à la fin, une série d’images, pour la plupart inédites, pour satisfaire son goût esthétique.

 

Un commentaire

  1. Bonjour cher poète,

    Trop intéressé par la poésie, je suis tombé sur votre site pour jeter un coup d’oeil et fut pris de surprise en ayant lu quelques uns, vu le niveau de langue qui m’a bien plu et qui n’est pas un simple écrit d’amateur ou d’apprenti .
    J’ai pris le temps , au delà de votre poème, de lire en dessous, le commentaire de Monsieur Mohamed Salah Ben Amor qui a choisi de parler du fond du poème sans parler de sa forme et c’est ce qui me pousse
    ici de vous écrire et vous demande d’avance, de ne pas m’en vouloir sur les quelques petites observations vous demandant de les revoir car je sais qu’elles sont dues certainement inattentivement et qui sont comme suit :

    Poème :

    De la clarté vive du jour au crépuscule ( hiatus )
    Mon cœur est tant ballotté et est alangui
    D’infimes trésors empoisonnés il survit
    Baignant dans un monde vaste et si minuscule

    De cette langueur béate qui partout m’assaille ( 13 syllabes )
    J’extirpe à l’arrachée des soupirs anodins ( à l’arracher )
    Subtilisés derechef d’un univers mondain ( 13 vers )
    Qui me retient au bas-fond telle une tenaille

    L’automne monotone sévit en lourdeur. ( lourdeur– singulier )
    La nature désemparée subit en pleurs, ( pleurs—— pluriel )
    L’atermoiement des orages qui ne tonnent. ( 11 vers )

    Cette ambiance maussade fait courber l’échine.
    Les cœurs les plus hardis deviennent atones. ( 11 vers )
    Ma muse, elle tergiverse et baragouine ! ( ! ..)

    Ceci dit, je vous prie de bien croire à mes sincères amitiés cher poète.

    Un lecteur qui vous respecte , Ahmed B.

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