Les entretiens de « Culminances » (2ème série) :1 –Avec le poète français Philippe Lemoine

Philippe Lemoine

Qui est Philippe Lemoine ?

Philippe Lemoine est né le 3 octobre 1954 à Paris et habite à Norbonne (France) . Il est le président de l’association ” Mille-Poètes en Méditerranée ” et le créateur et le directeur de la Maison Poétique à Narbonne. Sa poésie ne se prête pas facilement à la classification. Et elle tire cette originalité du triple aspect de sa nature qui est à la fois lyrique, engagée et néo-classique. De par son lyrisme et son engagement, elle se place dans la lignée de la poésie romantique allemande et arabe qui prônait l’idée du défi de la mort et célébrait l’attachement ferme et inébranlable à la vie. Quant à son caractère néo-classique, il se matérialise, au niveau du style, dans une sorte de tempérament mixte alliant le respect des règles de la langue et de la métrique et une forte tendance à l’innovation des images.
Ses recueils de poésie : Poussières d’oxygène – Vaincu par l’orage…-Les innombrables –Insurgé poétique- Les correspondances – In vino Véritas – Souffles d’encre … – Intime confidence. Et je parle aux oiseaux

Question 1 : Votre poésie pose entre autres deux grandes questions : commençons par l’une d’elles : l’ensemble de vos poèmes est distribué sur deux thèmes qui paraissent éloignés l’un de l’autre pour ne pas dire opposés : l’engagement et le lyrisme. En effet, si certains de vos textes poétiques vous rattachent au courant militant qui s’attaque vigoureusement aux maux de l’humanité, d’autres vous montrent, au contraire, replié sur votre égo et fuyant la réalité vers le rêve et la nature. Comment expliquez-vous cette dualité ?

Philippe Lemoine :Le poète méconnait les frontières, pour lui tous les hommes sont frères, il ne peut donc rester indifférent à la souffrance humaine, aux horreurs et injustices qui se perpétuent depuis les temps premiers. Face à elles, il se doit d’être l’une des voix de ce monde, celle des consciences, celle des êtres dans la souffrance, celle de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, de la dignité, du respect entre les hommes et les peuples ; c’est son devoir de poète et de citoyen du monde ! Ma poésie dite « engagée », est à la fois un cri de révolte, un message de tolérance et l’expression assumée de mes valeurs humanismes. Elle porte le rêve d’un monde équitable et fraternel. Mais j’aimerais ne plus devoir en composer, cela signifierait que le monde est plus juste et meilleur pour tous. Ma poésie dite « lyrique » n’est ni une fuite face à la réalité ni un repliement égotique sur moi-même. Je la définirai comme une vision de l’âme. Intimiste, elle trouve sa signifiance dans la quête, quête de moi-même, quête de mon lien à l’univers, de ce lien unissant toutes choses mais aussi quête d’esthétisme… (De la musique avant toute chose, Paul Verlaine) Engagement et lyrisme, l’un n’empêche pas l’autre, chacune de ces expressions, qu’elle qu’en puisse être le thème, humanisme, engagement, rêve, amour, nature… est une facette de ma sensibilité. Plutôt que d’être antinomiques, elles sont complémentaires, elles disent l’homme que je suis, ma vision et mon appartenance aux choses et au monde.

Question 2 : La deuxième question concerne votre style d’écriture que l’on peut considérer comme purement classique .Et cela se constate au niveau des phrases qui généralement sont construites selon les règles syntaxiques strictes ainsi que leur enchaînement dans la chaîne parlée ou elles se lient entre elles suivant les règles de la coordination…aucun jeu de mots, aucune phrase tronquée, aucune asyndète ( suppression des conjonctions )..Etc. Comment ce goût pour le classicisme peut-il aller de paire avec le lyrisme enflammé qui secoue violemment la langue ?

Philippe Lemoine :L’écriture du poète, la forme employée est une convenance personnelle. Je n’ai pas de chapelle en poésie et j’en respecte toutes les expressions. Pour moi, seules compte la signifiance, la force émotionnelle, la musicalité des vers et le respect de la syntaxe. La poésie est une forme de littérature avec ses particularités qui en font un art à part entière qui s’apparente à la musique d’ailleurs l’on ne dit pas « écrire de la poésie » mais composer de la poésie. Un art bien souvent (comme l’a dit Baudelaire, dans son petit traité d’esthétisme, en 1845) bien souvent galvaudé. Ne pouvant être juge et partie, je ne suis pas apte à qualifier la qualité de ma poésie et quoi que l’on puisse en penser ; j’ai une grande exigence personnelle. Cette exigence est autant un respect pour l’art poétique lui-même que pour le lecteur. Je compose de la poésie depuis plus de 40 ans. Longtemps, j’ai composé des vers libres, il m’arrive parfois d’y revenir. Je suis passé à une forme classique, il y a environs une vingtaine d’année car j’étais trop prolifique (je composais à longueur de journée.) J’ai alors ressenti le besoin d’une plus grande exigence par rapport à moi-même et je suis tombé amoureux de l’alexandrin, de sa musicalité, de la fluidité et des rythmes qu’il permet. Je considère ce passage non pas comme une régression mais une évolution positive qui n’est en rien antagoniste avec mon époque. Oui, ma forme est d’un grand classicisme, alexandrins avec césures, e éludé, rimes chaque fois que possible dites « riches »… Je l’assume et le revendique. Mais non seulement il m’arrive de composer des vers avec des asyndètes (lorsque cela ne nuit pas à sa compréhension) mais je peux aussi employer le jeu des allitérations, fracturer l’alexandrin, faire de nombreux enjambements et surtout je m’efforce de gommer la rime à chaque fois que le sens ne demande pas qu’elle soit marquée (car il n’y a rien de pire qu’une rime forcée). Je suis dans une quête permanente de musicalité, de rythmes et de métaphores… L’utilisation de l’alexandrin n’empêche pas d’être imaginatif, enflammé voire inventif !… L’essentiel est ailleurs que dans la forme (qui n’est, comme je l’ai déjà dit, qu’une convenance personnelle), l’essentiel est dans la signifiance, la force émotionnelle de la parole délivrée, cette émotion partagée avec le lecteur ou le spectateur… Je m’efforce donc d’allier, la forme, le sens, la musicalité, inventions, rythmes et métaphores ; rien ne doit gêner mon rythme de lecture lorsque je fais une prestation publique. (N’oublions pas de la musique avant…)

Question 3 :Bien entendu, les deux questions précédentes visent plus à susciter votre réaction qu’à écouter vos réponses, car si les contradictions sont refusées dans le domaine scientifique, elles peuvent être considérées dans le domaine littéraire et artistique comme un signe de singularité … cette qualité plus que nécessaire pour sortir du lot et s’imposer. Néanmoins, l’engagement auquel tu sembles croire, beaucoup doutent aujourd’hui de son efficacité, vu que la voix du poète n’arrive plus à un public suffisamment large. Qu’en pensez-vous ?

Philippe Lemoine : L’art poétique souffre de nombreux à-priori dont sont parfois responsables (à force d’être incompréhensibles) les poètes eux-mêmes. La poésie a un auditoire plus large qu’on ne le pense car la poésie est partout non seulement bien sûr dans la chanson (voir Ferrat, Barbara et bien d’autres…) mais surtout dans ce regard particulier que chaque être porte sur les choses. Nombreux, parmi les gens que nous côtoyons, sont des poètes qui s’ignorent car l’idée qu’ils ont de la poésie est erronée. La devise de l’association Mille-Poètes en Méditerranée dont j’ai l’honneur d’être le Président Fondateur est : « Les poètes s’enferment dans des tours d’ivoire, la poésie ce n’est pas ça : chacun porte en soi une sensibilité poétique qui ne demande qu’à être révélée ou libérée ! » Certains poètes sont parfois incompréhensibles, renfermés sur eux-mêmes au lieu de se remettre en cause ou d’aller vers le public mais il n’y a pas de poètes maudits ! La poésie a un auditoire lorsqu’elle parle au lecteur ou au spectateur, lorsque qu’elle est source d’émotions, de rêves ou de prises de consciences… Sa transmission demande du travail, de l’exigence et dans l’écriture et dans la diction. Un chef-d’œuvre peut paraître insignifiant si sa transmission orale est de piètre qualité. (Léo Ferré a dit : « La poésie prend son sexe avec l’organe vocale ».) Le poète doit aussi aller vers son public et ne pas attendre que celui vienne à lui. Et puis, déjà porteur de tant d’ignominies, que serait notre monde sans poésie ?

Question 4 : Cela nous mène à une autre question plus pertinente : pour qui écrit le poète
Philippe Lemoine : Chaque poète a sans doute ses propres motivations. Personnellement, je pense que, comme tout artiste, le poète compose avant tout pour l’art lui-même, l’acte créateur. Dans ma poésie dite « engagée », je cherche à porter une parole, à délivrer un message, à transmettre des valeurs humaniste à éveiller les consciences… La parole délivrée prédomine sur l’œuvre. Dans ma poésie dite « lyrique », je tends à effleurer le cœur des sentiments et l’âme des choses… Le discours est plus intimiste, c’est une voix à la fois intérieure et d’esthétisme. L’œuvre prédomine sur la parole. Pour sa satisfaction personnelle ou pour autrui ? Tout dépend de la signifiance du discours poétique, cette question rejoint la précédente. La poésie dite « engagée » est une parole délivrée donc pour autrui. La poésie dite « lyrique », tout en étant au service de l’art, est donc non pas pour notre satisfaction personnelle mais avant tout pour nous-mêmes. Cette satisfaction personnelle dont vous parlez, réside pour moi dans l’évolution que peut avoir ma poésie, dans la formulation du poème, sa tournure autant que dans sa signifiance, celle aussi du travail bien fait. Mais n’oublions pas de rester humble face à notre œuvre car toute œuvre demeure imparfaite et inachevée. Et si le second terme est le vrai quel est cet autrui ? Dans la poésie dite « engagée », cet autrui est la voix de l’être en souffrance dont le poète est la parole. Cette voix témoigne, s’insurge et s’adresse aux faiseurs de misères et à tous ceux que l’état du monde indiffère…, elle est un cri de révolte. Dans la poésie dite « lyrique » cet autrui est peut-être, avant tout, la part d’inconnu que nous portons en nous-mêmes. Expression du cœur et de l’âme, elle touche à l’intime au sensible et au beau. Mais la poésie, comme tout art, est faite aussi pour être partagée avec le plus grand nombre alors cet autrui est lui, moi, l’autre, nous, vous, toi, ils…

Question 5 : Venons maintenant au grand projet que vous menez depuis des années déjà : la maison de poésie de Narbonne que vous dirigez .Cette institution a-t-elle sincèrement atteint tous les buts que vous lui aviez fixés ?

Philippe Lemoine : Cette institution est une œuvre de longue haleine. La diffusion de l’art poétique est un combat. Nous n’atteindrons jamais tous les objectifs fixés car au fur-et-à- mesure que l’on en atteint un, nous nous en fixons un autre. Même si de nombreuses choses demeurent à réaliser, je pense que notre bilan satisfaisant. Chaque année : de nouveaux adhérents cotisants dont certains avaient des aprioris sur la poésie, une trentaine de poètes et d’auteurs reçus, 8 à 10 livres édités et publiés, une fréquentation de la Maison Poétique en hausse, des partenariats avec la Ville de Narbonne, la Communauté d’Agglomération du Grand Narbonne et donc la Médiathèque, le cercle Occitans…, Un concours de poésie qui perdure, l’organisation de manifestations (24heures en poésie, journée du Patrimoine…) Partis de rien (deux personnes) et sans recevoir de grosses aides financières, nous avons pris place et sommes reconnus comme un acteur du paysage culturel de notre territoire et tout en ayant investis dans du matériel de sonorisation et autres, nos comptes sont équilibrés et notre structure pérenne. Le chemin est long mais, pas à pas, nous en gravissons les pentes…

Question 6: L’incompréhension entre l’Occident et l’Orient continue encore malgré les appels depuis des décennies à la fraternité et la paix. Le premier est derrière toutes les guerres qui éclatent dans le monde arabe et celui-ci réplique par le recours au terrorisme. Y a-t-il selon vous, en tant que poète, une solution pour mettre fin définitivement à cette mésentente ? Et les poètes, écrivains et artistes des deux rives ont-ils un rôle à jouer dans ce sens ?

Philippe Lemoine : Cette incompréhension, cette fracture est bassement politique et matérielle. L’Occident cherche à préserver ses intérêts stratégiques et économiques. Comme tous les puissants, malheureusement, il maintient l’Orient dans l’indigence pour mieux le contrôler et exploite à moindre coût sa main-œuvre et ses ressources, si on ajoute aussi que l’Occident, pour préserver son confort, a peur de se faire envahir… Mais l’Orient n’est pas absent de responsabilité, corruption, intérêts personnels de nombre de ses dirigeants, despotisme, peuples abandonnés… L’Occident, comme la Chine, ne fait que profiter des maux qui gangrènent L’Orient… Le terrorisme frappe autant l’Orient que l’Occident. Les causes : la misère, l’humiliation, le manque de démocratie, l’abandon des peuples par leurs dirigeants…, le terroriste et les extrémistes font leur nid sur des terreaux fertiles. Le poète ne détient pas les clefs de la situation, il ne peut, comme beaucoup d’autres hommes de bonne volonté, que les proposer ; faut-il encore qu’on puisse ou veuille l’écouter ? Malgré tout, face aux affres et ignominies de notre monde, poètes, écrivains, artistes ont bien entendu une place à tenir ; plus qu’un rôle, c’est un devoir ! Même s’ils ont l’impression de prêcher dans le désert, ils se doivent d’être l’une des voix de ce monde, d’être des éveilleurs de consciences, de porter la parole de ceux qu’on étouffe, de porter et d’afficher leurs rêves humanistes, de joindre l’acte à la parole au quotidien, fidèles en toutes circonstances à leurs convictions…, mais le sommes-nous toujours ?

Question 7 : Le développement monstrueux au cours de  ces dernières années  des sociétés multinationales a fait qu’elles ne menacent plus seulement les peuples du Thiers-monde mais aussi les états et les peuples occidentaux eux-mêmes, ce qui a engendré le mouvement des Gilets jaunes en Europe. Allons-nous vers  l’instauration d’un nouveau genre d’esclavage au niveau planétaire ?

Philippe Lemoine : Nos gouvernements nous font croire que tous nos maux viennent des multinationales pour se défausser de leurs propres responsabilités. Qui édicte les règles du commerce international ? Qui consent et trop souvent encourage tous les excès ? Sinon le G 7 et en premier lieu les États-Unis d’Amérique et de plus en plus la Chine ; les maîtres du monde. Qui promulgue les lois sociales, sinon les états ? (D’où ces disparités sociales d’un pays voisin à l’autre, ex : l’ouvrier italien n’a pas les mêmes droits, ni les mêmes avantages (35 heures, sécurité sociale…, ni le même salaire que l’ouvrier français). Les multinationales sont des machines à produire, elles ne font que profiter et abuser des politiques mises en place par les états : les premiers et véritables responsables sont nos gouvernements !

Le mouvement des gilets jaunes ne touche pas l’Europe mais uniquement la France, il ne fait pas tache d’huile. Même en France il est loin de faire l’unanimité. Nombre de ses revendications sont légitimes mais ses méthodes d’actions souvent contestables, il s’est fait débordé par les casseurs et les extrêmes de droite comme de gauche. Les gilets jaunes peuvent se faire entendre car, quoi qu’ils en disent, ils ont la chance de vivre dans une démocratie. Une démocratie certes imparfaite mais une démocratie où chacun peut s’exprimer, contester, revendiquer, manifester…, librement. Ils ont le privilège de vivre dans une démocratie et non sous une férule fasciste ou une dictature. Les gilets jaunes, malheureusement ne changerons pas le monde, leurs revendications sont presque uniquement que franco/française ; (augmentation du SMIG, des retraites, baisses des taxes et impôts…) chacun pose essentiellement sa propre revendication. La plupart ne semblent pas être sensibles au sort de l’immigré où aux conditions de vie en Afrique…, du moins ils ne m’expriment pas. Mais leur contestation n’aura pas été inutile (pour les français). Quelques premières mesures sociales ont été prises par le gouvernement mais surtout, il a eu le mérite de poser les choses sur la table, d’ouvrir le débat et comme nous avons un Président qui dit « vouloir faire bouger les lignes », nous verrons bien la suite… Il ne faut pourtant pas s’attendre à un miracle : nous, sommes dans une économie mondiale et les états sont interdépendants. La Grèce a élu un gouvernement d’extrême gauche disant vouloir s’assoir sur la dette, au final : la dette demeure et seul le peuple grec en paie le lourd tribut !

Pour répondre à ta question, je ne pense pas que nous allions vers un nouveau genre d’esclavage au niveau planétaire. Certes trop lentement les consciences évoluent (ex : qui parlait d’écologie il y a trente ans ? Peu de gens) La clef d’un monde plus équitable passe par l’éducation, l’accès à la connaissance, la parole partagée… Les multinationales sont des machines à produire, dans leur quête exponentielle de profits, elles ont besoin de consommateurs, de nouveaux marchés ; déjà l’Occident ne lui suffit plus. Non pas par philanthropie mais par pragmatisme, intérêts, dans leur quête de consommateurs elles contribuent, à leur manière, à faire évoluer le monde, du moins les conditions de vie des peuples ; leur survie en dépend. La forme d’esclavage que je crains est plus insidieuse et dangereuse c’est notre addiction aux biens de consommation et à la technologie. Quelques exemples parmi tant d’autres, les gens lisent de moins en moins. À des activités culturelles, sportives, sociales…, de plus en plus de jeunes préfèrent les jeux vidéos, jusqu’à l’excès. Ils ne rêvent pas d’un autre monde mais du dernier portable en vogue. Les gilets jaunes revendiquent légitimement de meilleurs conditions de vie, plus de pouvoir d’achat  mais leurs enfants depuis le plus jeune âge ont pour la plupart un portable, une console de jeux, un ordinateur, internet… On mange n’importe quoi mais nous avons un portable. Cet esclavage aux biens de consommation et à la technologie, pertes des valeurs universelles, nous fait perdre le goût des choses essentielles ; nous devenons esclaves de nous-mêmes, de nos besoins, des choses accessoires…

Face à ce péril insidieux conditionnant les esprits, poètes, écrivains, artistes ont un rôle essentiel à jouer, leur mission est primordiale, c’est un sacerdoce, apporter et nourrir le rêve, exacerber ou éveiller les imaginaires, emporter l’écouteur, le lecteur, le spectateur vers d’autres rivages, toucher à ce qu’il a de plus sensible à l’intérieur de lui-même…, raviser l’âme des choses et des êtres… Mais pour cela il faut sortir l’art et la poésie des cercles officiels ou d’initiés, des carcans intellectuels. Humblement il faut aller vers cet autre que soi et de lui, il ne faut attendre autre chose qu’une oreille ou un regard attentif…, il faut simplement lui offrir, sans attendre de renaissance, ce que nous portons au plus profond de nous…

Question 8 : Un bon nombre de vos poèmes ont été traduits dans mon espace en langue arabe et ont été bien accueillis par les arabophones. Lisez-vous les poèmes arabes que je traduis fréquemment dans ce même espace ? Si oui, y trouvez-vous des points communs ou des différences avec la poésie française et occidentale en général ?

Philippe Lemoine : De ces traductions en arabe, publications et analyses, je te remercie Mohamed, main sur le cœur. Je remercie également les lecteurs. Je te remercie d’être sensible à ma poésie, des heures passées à la traduire et la commenter ; il n’est pas simple de traduire de la poésie. Un jour, j’ai écrit pour Ibtissem « traduire de la poésie est un Art en part entière. » et tu possède ce don Mohamed. J’ai lu bon nombres de poèmes sur tes pages. Ces poèmes étant des traductions, et comme je ne parle ni ne sait l’arabe, malheureusement, il m’est difficile de dire les différences éventuelles entre la poésie arabe et française. La poésie arabe dans sa forme originelle possède ses propres régles, je ne peux que me prononcer sur le fond. En préambule, je dirai : le  poète tend vers l’universel, qu’il soit français ou arabe, il porte une même sensibilité ; chacun l’exprime avec ses mots propres qui n’appartiennent qu’à lui. Je lis toute poésie à voix haute pour me l’approprier et en saisir l’essence, l’âme et l’esprit. La poésie est une résonnance, de la musique avant toute chose comme le disait Verlaine. Interrogation sur le monde, sur soi-même, états d’âme, quête de vérité, d’amour, de paix, de beauté, transcendance du temps et des choses…, poètes arabes et poètes français portent les mêmes signifiances ; je me retrouve dans bon nombres d’entre-deux.

Question 9 : Le facebook vous a-t-il apporté quelque chose en tant que poète ?

Philippe Lemoine : Facebook, comme toute chose, est ce que nous voulons qu’il soit. Il faut s’en garder d’être esclave. Nous parlions dans une question précédente de multinationale ; Facebook est une multinationale, son patron est l’un des hommes les plus riches sur terre. De cette multinationale, nous devons nous servir autant qu’elle se sert de nous ; avec elle trouver un équilibre équitable. Facebook est pour moi un outil de partage et de communication. J’y communique les activités culturelles de l’association « Mille-poètes en Méditerranée » que j’ai l’honneur de présider. J’y partage ma poésie. Oui, Facebook, comme d’autres sites, m’a apporté nombres de choses. En qualité de poète, la satisfaction de pouvoir, éventuellement, être lu dans le monde entier (d’ailleurs tu y participes et je t’en remercie) et peut-être d’apporter ainsi une part de rêve à des êtres dans la solitude ou la peine J’ose espérer, que l’espace d’un instant, ma poésie fut utile. Facebook m’a permis de rencontrer de belles âmes autrement que virtuellement comme Monique-Marie Irhy ou Bruno Salgues que tu connais. De Facebook sont nés des amitiés durables dans la vraie vie. Facebook, me permet et m’a permis de dialoguer et ressentir une communion d’âme et d’esprit avec toi Mohamed. Hâte de te rencontrer, je reviendrais prochainement en Tunisie. Découvertes, partages, rencontres, lectures… Facebook m’apporte, Facebook est : ce que veut en fairele poète, sourire.

Question 10 :Quels sont vos projets proches et lointains ?

Philippe Lemoine : Venir faire de la poésie et rencontrer des poètes tunisiens, sourire.

Proches ou lointains mes projets ne manquent pas, j’en ai un, ou presque, par jour, sourire.

Développer plus encore mes activités associatives et culturelles.

Porter la poésie auprès de tous et en tous lieux, amener les gens à la poésie mais pas simplement en qualité de spectateurs, les inciter à en lire chez eux ou en public, les inciter à en composer, les faire devenir des acteurs de la poésie afin qu’à leur tour, ils la portent et diffusent auprès de tous et en tous lieux ; c’est en semant des graines de poésie que peut-être nous changerons le monde.

Plus pragmatique, prendre ma retraite car je ne vis pas de ma poésie et c’est ainsi que je le conçois, la poésie ignore ou se moque des choses matérielles.

Vivre d’amour, d’eau fraîche et de poésie, sourire, sais-tu que je suis un jeune marié depuis le 22 décembre dernier ?

Voyager, voir le monde et puis écrire, écrire, encore écrire, composer de la poésie jusqu’au dernier jour…

En ce moment, je travaille, oui je travaille comme un orfèvre cisèle un joyau. Oui je travaille car la poésie est une maîtresse exigeante. Je travaille sur plusieurs recueils. Je compose de la poésie en collaboration avec des peintres et des photographes. J’illustre leurs œuvres avec des mots. J’aime ce mélange des Arts qui m’emporte vers d’autres univers.

Et puis écrire, écrire, encore écrire, composer de la poésie jusqu’au dernier jour…

Mais ne dit-on pas que les poètes sont éternels…, sourire

Un commentaire

  1. Bonjour, je découvre avec bonheur votre site quelques jours avant de rencontrer Philippe Lemoine ! Très bel échange de questions / réponses. Je suis touché par la sensibilité et l’art de composer de Philippe… et aussi par ses commentaires sur la marche du monde… C’est toujours agréable de se découvrir un nouveau frère de cœur et de partage et d’élégance poétique. Cela permet de constater que l’on n’es pas tout seul à penser ce qu’on pense…
    Merci à vous et bonne continuation
    Sincèrement
    Alain Veluet

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