Les archives des commentaires poétiques de Mohamed Salah Ben Amor : 2- Les poèmes d’Alain Minod : 2-2 :La compagnie au hasard dans la nuit

Alain Minod

 

Le souffle par lequel se déroule compagnie
T’insuffle des airs où tu fabriques ton nid
Mais – malheureuse resterait cette promesse –
Si bien fabuleuse ne demeurait ta liesse

Et les écoutes-tu ces voix qui veillent –
Qu’elles ne sauraient traduire tout ton éveil
Sans ta juste bienveillance pour leur vertu
A les réveiller tes rêves qui s’étaient tus

Oui ! Toujours à l’improviste renaît ta vie
A qui jamais tu ne peux demander l’avis –
Sans-cesse vraiment – à demander l’impossible –
Tu passes toutes tes propres amours au crible

Quand la moindre de leurs chansons reste fidèle
Tu trouves dans la compagnie ces grandes ailes
D’où – grande rage et pesanteur évanouies-
Tu le trouves ton courage– intact dans la nuit

Tu tournes la page de la mélancolie
En ouvrant ton âge au seul grand livre où tu lis :
Celui où bruissent –confidences sur les lèvres –
Entre des silences – des secrets jamais mièvres

Tout ce qui – du partage– casse la terreur –
Outrepasse toutes les petites erreurs
Et ce que les amitiés de rencontre anime
S’arrime au temps qui fuit mais jamais ne le mine

Et là où l’envol de tes vers t’as amené
Poète ! Tu l’as volé aux âmes bien nées :
Ce mystère des solitudes partageuses
Dans la belle altitude d’une terre heureuse

Mais – qu’importe toute misère – dirais-tu ?
Sais-tu : la belle amitié ne peut l’avoir tue
Et – à travers elle –peut encore s’étendre
Le tendre – donc pour toute pauvreté – 
s’éprendre !

 

Le chemin le plus court pour espérer déceler le noyau sémantique de ce texte qui apparaît à première vue comme impénétrable serait de suivre tous les indices minimes soient-ils se rapportant à la clarté et à la visibilité .Et ces indices bien qu’ils soient peu nombreux, nous renseignent que le locuteur qui est lui-même allocutaire se brosse en tant que poète (Poète ! ) une image de chasseur d’instants fugitifs c.à.d. de moments d’inspiration qui lui procurent, selon ses dires, la sérénité , la paix intérieure ,le bonheur, la joie et l’allégresse (le souffle par lequel se déroule compagnie – t’insuffle des airs où tu fabriques ton nid – tu trouves dans la compagnie ces grandes ailes – tu tournes la page de la mélancolie – ce mystère des solitudes partageuses dans la belle altitude d’une terre heureuse).Si nous nous penchons maintenant de plus près sur cet état d’âme très particulier , il nous apparaît d’abord complètement inattendu (toujours à l’improviste renaît ta vie ) et consécutif à l’effet d’une source inconnue (les écoutes-tu ces voix qui veillent ?),mais un effet clairement bénéfique puisqu’il fait éprouver au poète cet étrange plaisir spirituel apaisant. Récapitulons :le poète , le vrai , vit, comme tout assoiffé de sens , dans une solitude intérieure atroce mais heureusement que l‘inspiration poétique est là pour lui tenir compagnie et le faire sortir de ce désert affectif aride et sombre bien qu’elle ne réponde jamais à son appel et surgisse toujours en lui sans préavis .Ce qui veut dire que le vrai poète n’est pas celui qui va vers la poésie mais qui la reçoit de la même façon que les prophètes reçevaient la révélation Sur le plan stylistique , ce poème a été conçu sous la forme d’un tissu épais de connotations sombres parsemées de points lumineux et étincelants.

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