Les archives des commentaires poétiques de Mohamed Salah Ben Amor :1- Les poèmes de Jocelyne Mouriesse : 1-13: Sable, Luth et volupté

Jocelyne Mouriesse

Sable, Luth et volupté

 

Au point du jour

Au coin des lèvres

Tout l’océan pour me reprendre

Quand ma pensée s’égare

L’horizon…

Ce trait de crayon implacable

J’aime à le suivre 

Revoir en lui

Le vent décrocher le nuage

Mais rien n’étrangle aussi fort que le trait de l’air pur

Alors je sais…

Il y a tous ces bleus à soigner,

Apprendre aux vagues à surfer

Ce silencieux vacarme

Cadence douceur de l’écume

Même quand l’accord et  la vue de l’ensemble

N’annoncent pas de remous musical

Alors luth est ce halo qui dévale

Point de suture quand l’eau crache et révèle

L’aveugle volupté des sables.

 

Ce nouveau poème qui diffère des précédents par  sa longueur moyenne, est écrit selon la technique de « la poéticité des choses » inventée par Francis Ponge (1889 – 1988) et mise en  application dans son fameux recueil  intitulé Parti pris des choses .D’après cette conception de la poésie, le poétique (au masculin et non au féminin)  (c’est-à-dire l’essence de la poésie) est vicié dans la nature avant d’être intercepté et exprimé par des mots . Ce poétique  prend ici différentes formes que seul l’œil  du vrai poète peut  voir et capter,  parmi lesquelles  des traits ou des qualités invisibles de certains objets  tels que le trait de l’air pur, la douceur de l’écume  , le silence du vacarme , l’aveugle volupté des sables , la vastitude de l’infiniment petit comme ce coin des lèvres  qui abrite tout un océan , des relations entre les choses elles-mêmes comme ce vent  qui décroche le nuage…Mais  le brossage de ce  paysage  n’est pas une fin en soi .Il joue plutôt le rôle d’un miroir sur lequel la poétesse  projette son psyché ( Tout l’océan pour me reprendre  – ma pensée s’égare – Alors je sais…) qui nous paraît ici équilibré, serein et en accord total avec son  milieu environnant .

Au niveau du style, plusieurs images abstraites et composées retiennent l’attention surtout :  » au coin des lèvres tout l’océan pour me reprendre  »  / « rien n’étrangle aussi fort que le trait de l’air pu « .

Un poème moins énigmatique que les précédents mais écrits avec la même sensibilité esthétique effilée qui repousse le dénotatif et privilégie les connotations et le pouvoir évocateur des mots.

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