Les archives des commentaires poétiques de Mohamed Salah Ben Amor : 28–Les poèmes de Najib Bendaoud : 28 -6 : Moi et mes mots impolis

Najib Bendaoud

 
Ai-je encore le droit de rêver

D’un soleil illuminant ma nuit ?

Ai-je encore le droit de me balader

Dans tes jardins paradisiaques ?

Ai-je encore le droit de graver

Un cœur rouge sur ta peau blanche ?

Ai-je encore le droit de dessiner

Un soleil brulant et un papier glacé

Un beau vers enlacé

Et quelques méandres d’un jeu froissé

Au creux de ton nombril apaisant ?

Ai-je encore le temps suffisant

Pour tramer soigneusement

Mes mots caducs

Par ta musique enflammée ?

Le froid garnit mon ventre

Enamouré

Ma cigarette escorte mon silence

Passionné

Et je t’aime toi silence

Toi le parfum de la liberté

Toi la tulipe, une belle quiétude

Des vagues finissant leur ruée

Au fond de ma main éraillée

Toi une histoire éraflée

Le long de ma poésie démodée

Des paroles fanées rongent mes valeurs

Une mort blasée obsède mes pas alourdis

Es mon destin usé ?

Es ma vocation usagée ?

Es une gloire éteinte ?

Un paquet vide ?

Une bouteille avide ?

Un verre sordide ?

Un souvenir indécent ?

Un clavier grossier

Ou tout simplement ?

Une terre grandement aride ?

Je n’en sais rien de tout cela

Moi, et mes mots impolis !

 
Quelques fois, bien que rarement, le poète, au lieu de parler, comme à son accoutumée, de soi-même, ou de l’Autre ou du monde, éprouve le besoin de dialoguer avec son art et de s’interroger sur ses moyens d’expression. Et il en résulte, ainsi, un discours sur le discours , comme c’est le cas dans le poème ci-haut où son auteur, le poète amoureux Najib Bendaoud s’adonne à un questionnement pathétique sur la décence de son discours et sa conformité aux règles de la poésie, y répondant par la négative (mes mots impolis) .Et pour évoquer cette problématique embarrassante et la mettre en évidence, il a misé, essentiellement, sur les phrases interrogatives, en en plaçant un grand nombre au début ( 5 ) puis à la fin (9) du texte comme pour coincer les affirmatives ( 10) et minimiser leur rôle, peut-être parce qu’elles ne lui apportent pas les réponses escomptées à ses questions ,ce  qui a eu pour effet de faire baigner le contexte décrit dans une ambiance d’inquiétude et de désespoir. Ceci grosso modo en ce qui concerne la structure du poème. Quant à la problématique qui y a été abordée, la réponse est connue chez tous les avertis et se résume en deux mots :la poésie n’est gouvernée que par ses propres lois et toutes les valeurs autres que les siennes c’est-à-dire esthétiques et linguistiques , elle s’en tamponne le corbillard ! En effet, de très grands poètes, à travers l’histoire, ont fait fi de la morale sans pour autant perdre leur image de marque aux yeux des critiques et des chercheurs comme les deux poètes arabes anciens Bachar ibn Bourd (mort en 785 après J.C.) et Abou Nuwas ( mort en 815 après J.C. ) dont l’un était libertin et l’autre buveur et le poète français Verlaine ( 1844 -1896 ) qui s’est qualifié lui-même de “décadent” .Enfin, sur l’ensemble de ce que l’auteur nous a présenté dans ce nouveau poème, « ses mots impolis » sont esthétiquement de très haute facture comme , d’ailleurs, dans la plupart de ses poèmes précédents .

Un commentaire

  1. Mohamed Salah Ben Amor très merci

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