Les archives des commentaires poétiques de Mohamed Salah Ben Amor : 28–Les poèmes de Najib Bendaoud : 28 – 3: Mes papiers blancs

Najib Bendaoud

 

Des fragments d’un espoir s’effritent

Le long d’un sentier insolite

Des feuilles mortes truffent ma nature

Des morts verts épuisent mon élan

La nuit n’a plus besoin du jour

La lumière devient tarissable

Et mon temps me propose la chute

Mes pieds froids discrètement

Me parlent de leur amertume

Tous mes papiers blancs décrient leur vide

Quelques livres de toutes couleurs

Dénigrent fatalement leur solitude

La terre sombre déclenche sa guerre

Mon chat blanc ne joue plus

Mes cigarettes s’excitent follement

Sur le bout de mes lèvres abolies

Mes temps s’étouffent silencieusement

Plus de chants, plus d’extases

Mes veines ne peuvent être allumées

Comme ça dans le vent de ton vent

Elles ont leur imbécile identité

Têtues comme la pierre de mon histoire

Farfelues comme le sérieux de ton noir  

Mon cœur s’est vidé de toi

Toi ce corps que j’admirais

Nonchalant, habitant

Les soirées fades et désolantes

Des souris dans mon ventre crient

Des tas de pauvres questions occupent

Abusivement mon espace délirant

La nostalgie couve ma tête

Le désir d’un oubli absolu

Harasse désormais ma fête

Mes mots se cognent entre eux

Mes bouts de lumière se heurtent

Contre les murs insondables   

Des passions s’érigent en morts

Des rêves s’expirent doucement

Un tas de chants s’éteignent

Et le froid s’installe au creux

De ma douleur mortelle

Toutes les couleurs se sont mises

A pleurer mon estime fatale

Et les oiseaux se sont tus

Chuchotant le vide de mon âme

La nuit où s’est glacée ma flamme

Où mon sort a épousé mon drame

Sa nuit m’a entraîné dans son gouffre

Où mon cœur brisé s’essouffle

 

C’est un autre nouveau poème de Najib Bendaoud,  l’un des poètes de notre groupe qui se sont presque spécialisés dans le genre amoureux mais dont chacun possède ses propres particularités .Et comme nous le voyons , c’est encore le sous-thème de la rupture qui accapare les préoccupations de ces poètes :Gaëtan Parisi , Wafaa Abid , Patricia Royet … et autres ) .Et  la haute fréquence de ce sujet montre la  précarité du sentiment amoureux qui peut passer , à tout moment , d’un extrême à un autre . Dans ce poème, l’ambiance dépeinte a toutes les caractéristiques d’un deuil et le point sur lequel a été mis l’accent est l’état d’âme du locuteur ( le sujet qui parle ) qui porte la plupart des symptômes de la dépression .Et en voici  les principaux signes tels qu’ils sont décrits dans son discours : la  sensation d’une profonde tristesse accompagnée d’une douleur morale et  d’un fort sentiment d’impuissance et de perte d’objet , le regard calamiteux porté sur le monde,   l’illusion du ralentissement du temps et la perte totale de plaisir et d’intérêt .Ces affects négatifs ont été exprimés à travers une longue série d’images morbides touchant aussi bien le niveau  mental que le niveau sensoriel . Sur le premier plan domine un dérèglement  aigu  né d’une sensation de vide (vide –  follement  – imbécile identité  – espace délirant  – le vide de mon âme  ) et  aggravé par l’idée de la mort  (mortes – morts – fatalement – s’érigent en morts  – douleur mortelle – fatale ) . Quant au niveau sensoriel , quatre des cinq sens ,  à savoir  : la vision , l’ouïe , le toucher et le goût, y  sont touchés. En effet , la  vision  est marquée par l’obscurité (nuit – la lumière devient tarissable – terre sombre – ton noir  – s’éteignent …), l’ouïe par l’absence du chant et par les pleurs et  les sons désagréables (plus de chants – chants s’éteignent – pleurer – des souris dans mon ventre crient  ) , le toucher par la froideur (   mes pieds froids  – le froid s’installe – s’est glacée…) et le goût par l’amertume et la fadeur (fades- amertume ).

Stylistiquement  , le poète a usé  massivement  de l’accumulation , en faisant succéder à un rythme effréné  un très grand nombre d’images dépeignant l’état dépressif du locuteur .Un autre poème bien  réussi .Bravo Najib !

 

Un commentaire

  1. très merci ami et voisin pour cette nouvelle lecture de mon poème

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*