Les archives des commentaires poétiques de Mohamed Salah Ben Amor :1- Les poèmes de Jocelyne Mouriesse : 11- Une année mandarine

Jocelyne Mouriesse

Une année mandarine

 

Cette année

Dans la peau

Douze mois

De longitudes en latitudes

L’ univers de l’ en-vie

Partageant

Sans mot dire

Des émois enlacés

Papilles mandoline

Pépins aux pas

Cahin caline

Ce jour viendra

En vous et moi

Un monde aux lèvres

Réunies

 

Comme la plupart des mini-poèmes de notre amie de l’autre bout du monde , celui-ci n’enfreint  en rien  aux règles internes et spécifiques qui régissent  son art poétique, en premier lieu la condensation extrême des sens au point où chaque vers se prête à une analyse à part , secundo la purification  quasi-totale de l’énoncé tout au long du texte des significations premières ou lexicales au profit des connotions et enfin la clôture du poème par une image réellement surprenante .

Si nous lisons maintenant ce nouveau poème à la lumière de  ces pgénéraux , nous constaterons que la locutrice a camouflé intentionnellement le  noyau sémantique de son discours pour brouiller la piste au lecteur .Mais en rapprochant les mots et les expressions les uns des autres sans tenir compte de leur emplacement , ce noyau ( ou   hypogramme  comme l’appelle Riffaterre ) saute rapidement à notre esprit .Il s’agit d’un rendez-vous fixé avec un bien-aimé lointain à  fin de l’année en cours .Et à partir de ce sens atomique ont été générés les autres sens qui constituent la texture du poème dont  surtout le manque troublant ( émoi ) ressenti  des deux parties en l’absence  de la deuxième moitié  ( émois enlacés ) avec  tout ce qui en découle comme maux (Papilles mandoline ) , difficultés (Pépins aux pas )et soif de caresses (Cahin caline ) .Et tout cela dans l’attente de ce jour libérateur tant attendu dans douze mois où les deux  moitiés  s’uniront .Néanmoins , cette fin qui répond  admirablement à l’un des critères du mini-poème attire l’attention par une coloration mystique probablement non voulue. A la fin, me suis-je perdu dans les méandres de ce poème comme il m’arrive souvent en lisant les écrits mystérieux de cette amie de l’autre bout du monde ?

 

Commentaire de Jocelyne Mouriesse :

La mandarine me fait penser à un monde (elle est ronde), c’est un cycle de dix à douze tranches. J’ai observé ça un jour de début d’année et écrit un poème qui disait mon envie que le monde s’unisse pareillement, lèvres contre lèvres….

Les « pépins » sont les difficultés semées sur nos chemins, pour arriver à cette intelligence universelle à laquelle l’être humain aspire.

Voilà…. je pensais à cela en relisant tes commentaires. J’aime à voir que d’autres interprétations peuvent naître sous le regard de l’autre, j’aime à savoir que le poème n’est pas « limpide » qu’il donne à réfléchir, comme une toile…

Je pourrais écrire autrement, mais je le ressentirais comme « peindre à plat, sans, relief, sans aspérité où l’imagination des autres puisse se perdre.C’est le dilemme de l’incommunicabilité

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