Mes souvenirs avec le poète feu Midani Ben Salah (3)

Midani Ben Salah

 

En 1997, le grand poète tunisien Midani Ben Salah (1929 -2006) m’a montré une étude écrite sur sa poésie par une dame polonaise au nom de Krystyna Skarzynska-Bochenska qui enseignait à l’université de Prague et parue en 1980 dans une revue scientifique polonaise et il m’a demandé s’il y a à l’Institut Bourguiba des langues vivantes où je travaillais et où étaient enseignées la plupart des langues les plus répandues dans le monde ,quelqu’un qui connait le polonais pour lui en faire un résumé, car il n’a jamais su ce que cette critique a dit de sa poésie.Je lui répondu que malheureusement cette langue n’est enseigné dans notre institut mais je ferai de mon mieux pour trouver quelqu’un capable de nous déchiffrer cet article.
Une année après, j’ai vu dans la rue où j’habite ma fille qui avait l’âge de cinq ans jouer avec une fillette de son âge aux traits slaves. Quelques jours après on m’a dit que la mère de cette fille est une musicienne polonaise qui passait chaque jour de longs moments à jouer chez elle sur son piano.Et tout de suite me vint l’idée de lui monter l’étude de sa compatriote et lui demander de m’en faire un petit résumé en français .La dame qui n’était autre que notre amie l’écrivaine et poétesse Monika Del rion prit l’article et deux ou trois semaines jours après elle me le remit traduit entièrement en langue de Molière.

Après avoir pris connaissance du contenu de cette étude, je suis allé trouver Midani à l’union des écrivains tunisiens ! Mais avant de lui remettre j’ai tenu à le taquiner.
Midani, lui dis-je, j’ai le regret de te dire que quelqu’un a traduit l’article de cette polonaise en français mais je n’aurais pas dû le faire parce que son contenu n’est pas réjouissant .Il se remua nerveusement à sa place et dit : « Dis-moi vite de quoi il s’agit …qu’a-elle dit ? »
-« Elle a dit qu’elle n’a jamais ru que la poésie tunisienne dégringole aussi bas après Aboulkacem Chebbi émettant le vœu que seul l’échantillon qu’elle a étudié est médiocre.
Mais ne t’en fais pas , lui réponds-je pour le consoler , rien ne prouve qu’elle connait bien l’arabe et qu’elle a bien compris ta poésie ! ».
Et comme à son habitude, Midani s’est vite mis dans tous ses états qualifiant les chercheurs académiques de tous les adjectifs les plus dégradants les accusant de méconnaître l’essence de la poésie et affirmant qu’il écrit pour le peuple et non pour les critiques et les chercheurs ».
Voyant le tour que je lui ai joué a bien fonctionné, j’ai vite fait d’y mettre fin et je lui ai donné un aperçu détaillé sur le contenu de l’article qui était très positif. Et comme par enchantement les traits de son visage se détendent et devient aussi joyeux qu’un enfant et les critiques et les chercheurs scientifiques du monde acquièrent à ses yeux une valeur infinie et une dignité inébranlable !

Sacré Midani Ben Salah !Il était une personnalité tout à fait singulière !

Un commentaire

  1. Un hommage humain à un homme intègre .Que son âme repose en paix !

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