Poème du jour (Nouvelle série) no 5 : Pénombre par :Patricia Laranco – poétesse mauricienne résidant à Paris :Mohamed salah Ben Amor

Patricia Laranco

Autour de moi, je sens l’espace de l’été,
je le sens qui s’étend jusqu’à n’en plus pouvoir,
je le sens qui immerge tout dans son azur,
dans sa fine écume qui va toujours plus loin.
Tant verticalement qu’horizontalement
je sens son expansion
vierge, ample, dilatée
où les cris des oiseaux (mouette, merle, pie, geai)
résonnent ici et là
comme issus
d’un clairon.

***

Moi, je ne bouge pas
étendue sur le lit
dans l’air gris, caressant
de la pénombre claire –
je n’en ai nul besoin,
je sens –
c’est ce qui compte. « 

**

PL
le 28 mai 2017, 9h 00
à Paris.

 

Commentaire de Mohamed Salah Ben Amor:

Le noyau sémantique de ce court poème est construit sur la dualité de deux notions spatiales  :la première d‘entre elles  est immensément vaste englobant l’univers tout entier et a été présentée comme étant un « dehors » par rapport  à l’emplacement du Moi poétique qui est une locutrice  et la seconde est très exigüe : le lieu où se trouve cette locutrice au moment de l’énonciation et qui a l’air d’être une chambre à coucher  (Moi, je ne bouge pas/étendue sur le lit).

Mais ces deux espaces ne s’opposent pas uniquement du point de vue vastitude/ exigüité mais aussi sous quatre autres angles : celle de la visibilité : l’extérieur étant bien clair (immerge tout dans son azur,/dans sa fine écume)tandis que  l’intérieur est plongé dans la pénombre(Moi, je ne bouge pas/étendue sur le lit/dans l’air gris, caressant/de la pénombre claire), celle de la cinétique :le « dehors » est en plein mouvement(s’étend jusqu’à n’en plus pouvoir,/ immerge tout dans son azur,/ va toujours plus loin./Tant verticalement qu’horizontalement/
son expansion/ dilatée) alors que l’intérieur est immobile(je ne bouge pas), celle de l’ambiance :dans le premier lieu règne une atmosphère festive (immerge tout dans son azur,/dans sa fine écume – les cris des oiseaux/ (mouette, merle, pie, geai)/résonnent ici et là/comme issus/d’un clairon) tandis que dans l’autre tout est morne et terne au point où la locutrice qui s’y trouve ne trouve que très peu de mots pour le décrire.

L’accumulation de ces oppositions est loin d’être gratuite, car elles ont été mises en œuvre ensemble pour mettre en évidence l’attitude paradoxale de l’auteure à l’égard de l’été qui est de s’en passer complètement, ce qui laisse filtrer une âme non-soucieuse d’un accord quelconque avec l’environnement naturel et les changements climatiques qui s’y produisent  (je n’en ai nul besoin,/je sens -/c’est ce qui compte), une âme, si l’on veut, non-romantique bien qu’elle se complaise dans l’état de solitude totale  et dans la position d’observation qui lui permet de voir les mouvements et les changements les plus minimes qui ,se produisent dans l’univers tout entier .Nous avons donc affaire à une âme plutôt encline à aller au-delà de l’ici-maintenant dans l’espoir de percer le secret  de l’existence :c.à.d. une âme existentielle à préoccupations phénoménologiques .

Quand au style, il est comme d’habitude singulièrement  laronconien basé sur l’inédit , le surprenant et le déroutant, dans une langue à haute communicabilité épurée de tout mot savant ou barbarisme !.

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