Réminiscences de la STAR (1) :Le pardon par :Fatima Maaouia – poétesse tuniso-algérienne -Tunis

Fatima Maaouia

 

Lorsque de retour de Paris, Taoufik Ben Jemia, brillant et jeune docteur en droits des assurances, sorti tout frais émoulu d’écoles françaises les plus prestigieuses spécialisées en Assurances, fut nommé président directeur général de la STAR, première compagnie d’assurances et de réassurances de la place, plein d’ambitions et d’enthousiasme, il commença ses fonctions avec impétuosité, bien déterminé à secouer les choses.

Adoubé par le RCD, parti unique au pouvoir dont il était membre actif, il était jeune, fougueux et fort ambitieux.

Peu de temps après, il se trouva que, nonobstant ses qualités, diplômes prestigieux, son appartenance et son militantisme au parti…
Coup de tonnerre de coup de tonnerre!!
Vent de panique à bord ! Un séisme frappa la STAR.
Peur sur l’entreprise !

Percutée en plein cœur, l’Etoile verte, fleuron des assureurs !

Les murs tremblèrent…

De saisissement, fresque de Gorgi et tableaux de Hatem El Mekki qui faisaient la gloire de l’entreprise faillirent tomber à terre…

En plein travail, un raid y est opéré !

Il ne s’agissait ni plus, ni moins que du  » rapt et du kidnapping  » de Taoufik Ben Jemia, PDG de la première société d’assurances du pays, sous les yeux éberlués de toute l’entreprise.

Comment? Pourquoi ?
Avait-il été, le malheureux mal inspiré ou mal conseillé de s’en prendre à la pratique de la corruption?
Était- il tombé dans un guet-apens ??
Avait-il mis le doigt sur un dossier sale?
S’en était-il pris à un ponte du régime ?
Avait-il était dénoncé pour avoir fermé l’œil sur de faux sinistres ? Annuler des créances dues ? Touché à la caisse centrale ?

Pour quels faits?
Blanchiment ? Malversations??

Quoi qu’il en soit, bombe, tumulte, brouhaha, effervescence, fébrilité et fièvre à tous les étages!
De fond en comble, du sous sol, temple sombre, moite et humide des archives mortes et vivantes au clair et coquet 4eme étage douillet de la direction, scène d’incompréhension totale et d’horreur.

Téléphone et téléphone arabe avaient fonctionné à merveille et répercuté de salle en salle et de bureau en bureau, l’extraordinaire, l’impensable nouvelle !

On arrêtait le PDG!

Et alors qu’on emmenait, tel un criminel, le premier responsable de la grande maison, Square, avenue de Paris, ahuri, sonné, humilié face à cette foule hébétée mais pas unanimement bienveillante, dans laquelle, certaines voix grommelaient, trépignaient d’impatience et qu’il ne leur restait qu’à crier ; « Au voleur ! » …je ne sais comment, il m’aperçut, il se redressa alors, et lança:
« Ecoutez, s’il y a quelqu’un ici  à qui je dois demander pardon, c’est bien à vous, Madame Maaouia, vous seule à laquelle je demande pardon. ».
Ce furent ses derniers mots avant de sortir pâle défait de la boite qu’il dirigeait en maître absolu, dûment encadré par des membres de la Brigade Économique, sous le regard abasourdi de son staff, du personnel, de la clientèle et des passants de l’avenue de Paris…
Quelle gifle pour mes détracteurs en ce moment crucial et pathétique, moi, d’origine algérienne, qui était au frigo et n’était même pas membre du parti!!

Longtemps, j’ai gardé gravés en mémoire ces mots et cette image terrible. L’histoire nous offrait à huis -clos, à nous professionnels de l’assurance, tout le tragique de cette vérité, qu’il n’y a d’assurance en rien…

Taoufik Ben Jemia,
Après des années de prison, innocenté depuis de tout soupçon de malversation et de corruption,
si jamais vous me lisez, sachez que je vous ai pardonné…
Mais quoi au juste ?

Puisque je n’avais aucune animosité ou rancune particulière à votre égard, malgré tout ce qui avait été mis en œuvre pour me bloquer systématiquement dans ma carrière, alors que seuls importaient à mes yeux l’intérêt général et le goût du travail bien fait, et ça vous le saviez.

Vous me disiez que le Ministre était content de nos chiffres !

Brave ministre content !

Je tirais le diable par la queue et le drapeau du service public vers les cieux…au détriment de ma famille et de ma santé…les 8 H ne suffisaient plus, je travaillais à domicile pour que les chiffres soient au sommet…les procédures au point, les rapports de gestions fiables et sans concession…aux hiatus et dysfonctionnements.

Tout ceci sous l’égide de chefs hiérarchiques en général soutenus politiquement ou imbéciles, d’aucun apport et une équipe difficile.

Heureusement que malgré tout, il y avait des êtres magnifiques, notamment mes plus proches collaborateurs: Faouzi Ben Jaafar, Jalel Zaheg, Mabrouka Mrad, Mohamed zaher, Lilia Sbabti, Slah Jridi, Dorsaf Menzli , Mouna Bakir , Sami Fendri, Mohsen Ayari, Chebbi Zhiri Leila, Rachida Ben Ameur, Mohamed Belahssine, Dalila Baccar, bâtisseurs anonymes qui avaient contribué à l’éclat de l’ Etoile…où que vous soyez, je vous salue.

Taoufik Ben Jemia,

Hé, vous savez pourquoi je n’avais rien à vous pardonner ?
Tout simplement parce que vous appréciez mon travail, mon apport, mon franc- parler et …mes mains propres et qu’au fond, vous n’étiez pas un gars aussi pourri que ça…

Je vous ai pardonné…
Mais pardonne-t’on à un système??

 

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