Poésie métaphysique de Hassan Oumouloud : Une chanson mystique qui nous apprend à mourir ! Par : Meriem Fadli -Maroc

Hassan Oumouloud

 

Derrière les questionnements incessants, les révélations choquantes, l’imagination osée ,  et les fantasmes ardents , se tisse une véritable pensée philosophique. Les poèmes du recueil Poésie métaphysique de Hassan OUMOULOUD forme un manifeste d’une nouvelle sensibilité poétique toute jeune encore, remontant en éclat  du grand sud du royaume et qui chante le mariage du poétique et du métaphysique. Des vers qui nous laissent  une vague impression mélancolique et nous injectent un arrière-goût amer. Un verbe qui nous taquine surtout avec d’innombrables problématiques, abstraction faite d’un puissant exercice de style qui, à lui seul, nécessite une étude à part entière.

La première partie du recueil intitulée « Transe poétique »  passe pour une douce introduction. Le poète joue avec l’humeur des mots. Il fait l’éloge de l’écriture comme une manière d’exister. La transe initiale se veut en état de démence qui cache un reflet autobiographique. Un « je » ivre, assoiffé, énergique est des plus manifeste.  Un jeu qui considère l’écriture poétique comme son abri de toutes saisons.

« Qu’il est bon en cette musique monotone 

D’habiter le présent par mille styles divers 

De printemps, d’automne et d’hivers 

De causer aux spectres du passé 

De cacher sous les instants pressés 

Sous les sons aigus des lettres

Jamais lassées,  

Les secrets hésitants du devenir ! « 

Ces poèmes  d’ouverture décrivent aussi l’écriture comme une délivrance qui, sous la plume, soulage les peines existentialistes, révèle le moi et dessine son devenir.

Le poète nous régale d’oxymores qui ne font que souligner davantage  l’importance de l’écriture, qui est tellement nécessaire pour le poète qu’elle effleure la douleur et apaise les peines d’une âme lassée. Mais l’écriture n’est pas le seul sujet de cette partie, les poèmes invoquent aussi la mort. L’homme, vulnérable comme il est, se trouve confronté à la grandeur et l’infinité du monde, proie aux affres du temps –  ce qui l’attend après le passage du temps – et  s’étonnant pour un monde indifférent  qui continue sa danse macabre !

Cette introduction douce n’est que le début de la pensée philosophique. La deuxième partie est la preuve qu’un genre aussi doux que la poésie peut se soulever rien qu’avec le pouvoir magique des vers rythmés et des questionnements  philosophiques choquants . Ainsi, entres autres, la question centrale du recueil se niche dans le poème « Etre et Avoir », le moi confronté au dilemme de l’Etre  et de l’Avoir ( la majuscule récurrente n’est pas à omettre) . Le poète choisit d’exposer comme un choix cornélien : Qu’est-ce qui importe bien Etre ou bien Avoir ? Est-ce qu’Avoir me permet-il d’Etre, ou Etre me permet-il  d’Avoir ? Connaître le moi est un aphorisme délicat, et éreinté comme il est, il se perd dans le néant. Mais le poète  donne un début de réponse quelque peu restreint, l’art poétique pour l’auteur est la seule issue pour répondre à cette interpellation. Le lecteur devine que la réponse ne peut venir que de lui :

Comment Avoir pour bien Être ! 

Comment Être pour bien Avoir ! 

Qui des deux à bien omettre ? 

Et qui des deux à prévaloir ?

[…]

Cœur poreux vêtu d’ombres de vérités ,

Esprit embourbé dans l’écume des soliloques

Âme morfondue dans l’attente de son salut 

Corps chétif, fugitif, téméraire, déshérité.  

Qu’Avoir donc ou qu’Etre ou comment savoir 

Franchir ces murs qui me bloquent ? 

 

La vie est un éclair et s’il faut Être 

Je dois donc Avoir le courage de dire 

Que par mes doutes , mes sons , mes mètres 

Mes défis , mes pertes , mes pleurs , mes rires 

Mes rêves , mes chocs , mes paix , mes guerres.

C’est ainsi que mes vers me permettent d’Être.

Il est important de mettre l’accent sur d’autres poèmes comme « l’âne c’est moi ! » qui, avec une légère teinte ironique, expose un dialogue entre le poète et l’âne, un échange d’accusation. D’abord, le poète accuse un âne de soumission et lui reproche  son « effacement » et son consentement à mener une vie de servitude, puis c’est l’âne qui accuse le poète d’ignorance, puisque les bras ballant, attend une rébellion, se croit libre et non soumis, et se veut maître de situation ! On arrive à la conclusion que le Moi ne peut rêver d’être s’il est soumis. Ce poème dramatique dévoile que le monde ne serait qu’un cumul d’ombres de vérités ( Platon avait raison ! ) et que la vraie image du monde se dissimule dans le monde métaphysique , profond et accueillant .

Devant tant d’acharnement – la confrontation du moi à  la mort, être, avoir et l’angoisse – le plaisir vilain se présente comme une sorte d’échappatoire, qui soulage et apaise la lourdeur et la laideur de son sort .Le moi évalue dans le poème «  Au nez du diable  » ses passions qui l’assujettissent. Le poète le compare à un Méphistophélès humains orgueilleux qui se croit fort en parcourant le firmament des passions, alors que sa force le trahira tôt ou tard et précipitera sa chute à l’image d’Icare dans son plein orgueil, dans sa quête des chimères. Le poète rejoint ici Montaigne qui définit la philosophie comme une manière « apprendre à mourir » socialement, en faisant l’impasse sur les passions et les plaisirs fugitifs.

« Combien durera ta quête du fugitif ; Méphisto humain !

Tu t’assoies sur du velours aux Quatre Vents  pour raccourcir  ton chemin.

Tu essaies toutes les couleurs morbides, tu t’allies avec Satan !

Tu murmures , tu  frissonnes à l’écoute des voix douces-amères.

Tu évites les cris épineux de ton double en fer.

Pour t’échapper à toi-même !… »

Outre  les chimères, l’au-delà , la quête de soi , ce deuxième volet du recueil regorge aussi de sujets liés aux types sociaux à travers lesquels OUMOULOUD médite sa condition d’homme placé entre l’infiniment grand et l’infiniment petit . Un être faible, à la merci des injustices sociales . Pincé entre l’enclume du besoin et le marteau que représente la cupidité d’autrui. Les poèmes  » l’acrobate  » , « fou » , « danse avec le feu », et  « au nez du diable » tracent différentes situations sociales qui s’offrent comme un lieu propice à la méditation de la condition humaine.

Ainsi, le temps, la mort, l’angoisse accompagne l’être tout comme la question de l’être accompagne l’homme dans chaque éclat de conscience.

Ces poèmes martèlent l’esprit du lecteur, en soulevant  des questions apaisées avec des débuts de réponses ou des réponses implicites, mais d’autres questions restent suspendues, comme le souligne Karl Jasper :«les questions, en philosophie, sont plus essentielles que les réponses, et chaque réponse devint une nouvelle question». La  dernière partie du recueil  » Transcendance » , rapporte des réponses apaisantes mais qui s’ouvre sur d’autres horizons possibles . La transcendance de l’homme se fait , selon le poète , par son espoir dans le poème  » regain » , par son souvenir de la mort dans le poème « Hymne aux morts » , par sa croyance et son aspiration à la paix dans le poème  » colombe » . Cette « chose qui pense  » , au sens de Descartes auquel est dédié le recueil, affirme alors son existence par le doute  , la méditation , le sentiment , l’imagination et l’espoir d’un ailleurs meilleurs.

 » Quand est-ce que le ciel pleuvra de baisers ? 

Quand est-ce que le soleil étendra ses rayons 

D’amour et de paix ?

L’endurance , la haine , la souffrance , 

Les misères , les guerres … Tant de ravages 

Il est temps de cueillir ces fleurs sauvages 

Pour un regain de tolérance . 

Pour un regain de tolérance … » 

 

 

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