Les hommes cherchent le miel mais oublient celle qui le produit – Conte de : Chabane Chaouch Lyes – Bab-Ezzouar – Alger – Algérie

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Chabane Chaouch Lyes

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Notre jeune  homme, bien qu’ayant passé une grande partie de son enfance dans une campagne n’avait  rien d’un agriculteur ni d’un éleveur. Un jour il fait la connaissance d’un éleveur d’abeilles. Ce dernier, grand orateur, après avoir vanté les avantages de cet élevage, finit par le convaincre  qu’il pouvait exercer ce métier dans un carré de son jardin.  Mais comment procéder? Demande le novice. C’est simple, répond l’apiculteur. J’ai des ruches remplies d’abeilles que je pourrai vous fournir sans frais de bus. Que pouvait-il espérer de plus. Une ruche clé en main. Il n’aura qu’à l’inaugurer et attendre les périodes des récoltes.

Notre homme alléché par la perspective d’accéder du jour au lendemain au rang de producteur, il accepte l’offre sans trop négocier les termes du contrat. Les abeilles promettent une récolte abondante de miel, cet aliment précieux aux vertus qui viennent du ciel.

Quelques jours après, le marchand d’abeilles revient avec dans le coffre de sa voiture une ruche peuplée dont l’entrée est scellée par un ruban. Une fois installée dans le jardin, il enlève le ruban pour signer ainsi le lancement de la production. Et ainsi notre marchand, encaisse son argent et conseille le nouveau patron de garder son carré propre, car ses petites abeilles sont réputées pour leur horreur de la saleté.  Et notre ami repart aussi vite qu’il est venu.

Notre nouvel apiculteur s’adresse à un ami pour lui demander conseil. Ce dernier lui confie un livret sur l’histoire des abeilles; et en guise d’apprentissage, il en lit quelques passages. La partie semble bien entamée; sous un grand arbre, la ruche est convenablement installée sur son socle pour l’éloigner un peu du sol. Les abeilles vaquent à leur occupation dans un va-et-vient incessant. Quant au rendement, les choses seront plus claires, la saison des récoltes venue.  Bien qu’il remarque des colonnes de fourmis qui entrent et ressortent de la ruche, Il n’accorde pas d’importance particulière à ce spectacle. Croyant que dans la nature tout se règle de lui-même. Chose qui n’est pas totalement fausse.

Un jour, en se rendant dans son jardin il s’aperçoit qu’il n’y a aucun mouvement autour de la ruche, il s’approche davantage pour s’assurer de leur présence, même pas l’ombre d’une abeille. Une fois leur absence confirmée, il commence à s’interroger. Pourquoi ont-elles quitté? Ont-elles péri par un herbicide ou d’un pesticide? Ou est-ce par sa propre négligence ou peut-être par cette ingérence  des fourmis inopportunes? Les hypothèses fusent dans sa tête, mais le mystère reste sans réponse. Des jours d’attente passent, mais  il ne voit rien venir; il laisse tout de même la ruche à sa place avec un vague espoir de les voir revenir.

L’homme a à sa décharge l’inexpérience de son âge, quant aux abeilles  elles ont le handicap du langage qui les prive de tout  sondage. Mais en dépit de tous ces rappels, le constat est sans appel: la ruche demeure désertée.

Les abeilles sont de merveilleuses créatures possédant cette magie de transformer le simple nectar en miel aux milles vertus. Si elles créent naturellement de la richesse, elles sont par contre d’une grande finesse; si elles ne trouvent pas les conditions qui les arrangent ou qu’il y ait d’autres créatures inopportunes  qui les  dérangent, elles prennent sans avertir leurs bagages et déménagent, après  que les nouvelles aient annoncé la découverte d’un nouveau foyer.

C’est là la situation où la gestion de la compétence est confiée à l’ignorance: Ces abeilles sont pareilles à ces hommes et ces femmes de connaissance qui sont créateurs de richesse pour eux-mêmes et pour les autres. Mais, faute de conditions propices, elles décident de s’installer là où leur confort est assuré, leurs besoins sont satisfaits et leur apport est apprécié, privant ainsi la société de leur précieuse contribution.

Toute ruche, dont les dignes occupants sont contrariés dans leur mission, est condamnée un jour ou l’autre à recevoir leur démission.

 

 

 

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