Les archives des commentaires poétiques de Mohamed Salah Ben Amor :13 – Les poèmes de Karmanda Maghi :13 -1 : Le silence de toi…

Karmanda Maghi

 

Quand le silence lourd appesantit mes soirs 

Que j’espère tes mots, en horizons d’espoir

Eclipsant la noirceur d’une nuit privée d’astre

 Mille diamants brillent, virevoltent au vent.

 Comme si l’univers coulait en lactescence,

Toute vie se suspend, empreinte de silence

 Et le temps, lentement, un instant se distend.

Une lettre de toi, quelques mots, un peut-être

 Et l’astre de mes jours s’éveille sur le tard

Le sol était miroir des pensées taciturnes

Et chaque mot de toi éclaire mille lunes.

Redessine les matins où se nouaient nos mains

Même si l’incertain a forgé nos silences

 Persiste l’idée de toi, dans ma vie, ta présence.

Sans ton suc, sans ta sève, tout en moi est néant.

Dans nos yeux en miroir, là, quand renait l’espoir,

Mille diamants brillent, virevoltent au vent.

 Reviens froisser les draps, Viens y chasser les brumes

 Fais briller mille lunes, en miracle de toi.

 

Ce poème montre encore une fois la nécessité de faire la distinction  totale entre la personne de l’auteur (celui ou celle qui a écrit le texte) et le locuteur (ou locutrice ) ( celui ou celle qui parle dans le texte ), un point sur lequel insiste la critique moderne et que la critique classique en a toujours fait fi. En effet , ici , le poème a été, bel et bien,  écrit par une femme mais qui emprunte la voix d’un homme, non sous l’effet d’une tendance perverse quelconque mais comme un simple procédé technique  pour mieux endosser le rôle d’un personnage et le vivre de l’intérieur .Néanmoins, cette démarcation  par rapport au personnage  pose le problème délicat de définir l’essence de l’art en général :est-il une création qui surgit nécessairement du fin-fond de l’auteur(e )ou un travail compassé et artificiel pareil à la fabrication d’un objet artisanal .L’auteure nous répondrait, sans doute, que remettre ce procédé en question nous ferait nier l’authenticité et la profondeur de toutes les grandes œuvres théâtrales et romanesques , étant donné que ces deux genres reposent essentiellement sur l’usage  de cette technique .Et là, il est utile de rappeler, encore une fois, que cette auteure est avant tout une romancière dont le parcours est reluisant qui  eut l’idée de venir séduire les muses, à ses temps vacants peut-être, d’où cette manie d’écrire des vers avec l’âme d’une narratrice ou d’une actrice .Ce qui ne manque pas, à notre avis, d’originalité .Quant au poème qu’elle nous propose cette fois et qui est, selon ses dires, inédit, elle y incarne le personnage classique d’un amoureux fou dans un moment d’excitation extrême, doublée d’un ébranlement violent du dispositif émotionnel  (  quand le silence lourd appesantit mes soirs – la noirceur d’une nuit privée d’astre – le sol était miroir des pensées taciturnes) à cause, selon quelques signes épars semés ici et là  dans le texte, d’une rupture ou d’un éloignement temporaire dû  à une mésentente (redessine les matins- reviens froisser les draps).Ce thème, très commun et conforme à la conception mythique grecque  de l’amour, selon laquelle, les âmes avaient à l’origine la forme d’une sphère puis se sont scindées en deux et chaque moitié ne retrouve son calme et son équilibre affectif que lorsqu’elle s’unit de nouveau à  son autre moitié , n’a jamais, malgré tout, perdu de son attrait, même dans les pays où les valeurs matérielles ont pris le dessus sur les valeurs humaines, étant donné qu’il touche le fond de “l’éternel humain”  .Et en plus de la charge émotionnelle intense qu’évoque l’état languissant de ce personnage privé de sa bien-aimée, la poétesse a tenu à fignoler les deux textures métaphorique  et rythmique : la première par l’usage massif de l’hyperbole  et le passage de l’infiniment petit à l’infiniment grand , dans le but d’amplifier à l’extrême  la frustration que ressent le personnage (le silence lourd appesantit mes soirs- comme si l’univers coulait en lactescence – une lettre de toi, quelques mots, un peut-être  et l’astre de mes jours s’éveille sur le tard – chaque mot de toi éclaire mille lunes-  sans ton suc, sans ta sève, tout en moi est néant. …)et la deuxième c’est-à-dire la texture rythmique par l’utilisation du  parallélisme ( rapprochement de phrases ou de propositions possédant une structure grammaticale semblable )( trois vers commencent par la conjonction “et” : Et le temps/ Et l’astre/ Et chaque mot ) , de  l’apostrophe ( figure de rhétorique par laquelle on s’adresse directement aux personnes ou aux choses personnifiées) (redessine les matins- reviens froisser- fais briller mille lunes- viens y chasser les brumes ), en plus du l’usage presque régulier des rimes .

Un poème théâtralisé bien réussi !Bravo Jacky !Il nous faudra t’arracher au roman pour que tu te consacres entièrement à la séduction des muses !

 

 

Un commentaire

  1. Avatar
    Mohamed ben rejeb

    J’ai admire ce texte poetique il est vraient sublime ..fort dans sa texture et simle dans le choix de ses mots qui viennt libres et pleine de poeticite…et de poesie .
    Aussi ai _je aimé le commentaire de notre ami ben amor qui a donné a ce texte de poesie une autre dimension littéraire..teleque l’âme arabe d’un critique arabe bien connu et binien imbibé dans le monde de la poesie arabe…

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