Les archives des commentaires poétiques de Mohamed Salah Ben Amor :39– Les poèmes d’Arezki Hatem:39 -3 : Vents du sud

Arezki Hatem

 

Ö Vent du sud soufflant en tourbillons

Mes mains nues n’ont de quoi s’en défendre

Ton nom est Aarjei que les couteaux des touaregs 

Lardaient le cœur haineux

Haineux et poussiéreux aveuglant les yeux de caravaniers

Tu battais en retraite dans des canyons ténébreux,

Pour mieux rebondir sur les traces de ton passé hargneux 

O vent Arifi

Combien d’âmes tes langues ont-elles-brulé 

Combien d’oasis tes poussières ont-elles ensevelie 

Ta haine n’a d’égal que les géhennes écrites dans les livres sacrés

O Samiel Vent et poison

Ta trahison dans les champs de bataille,

Ta versatilité devant de sobres guerriers 

Ont brisé le cœur d’hommes libres,

Hommes libres espoir de nations enchainées

O vent Ghibli

Sécheresse est ton nom, fournaise ta moisson

Roulant et grondant,

Ton épouvante trouble le socle nerveux

O vents du sud

Je courbe l’échine quand vous soufflez

De peur de mourir sans sépulture

 

 

Le poème que nous allons lire ensemble aujourd’hui est d’un genre spécial, d’abord parce qu’il  est conçu sous la forme d’un discours adressé directement à des destinataires inanimés ( quatre vents ), comme c’est le cas dans l’allégorie, mais à la différence  que ce texte n’en est pas une,  du fait que ces vents sont réels et non de simples  signes représentant des  idées abstraites .Ensuite, parce qu’il se situe entre la satire  (  Haineux et poussiéreux –  ton passé hargneux   – ta haine n’a d’égal que les géhennes –  vent et poison – ta trahison – sécheresse est ton nom –  fournaise ta moisson …etc. ) et la plainte (mes mains nues n’ont de quoi s’en défendre  – je courbe l’échine quand vous soufflez de peur de mourir sans sépulture ) . Quant à ces vents, ce sont des vents  chauds bien connus qui soufflent fréquemment dans le sud du Sahara algérien et qui portent tous des noms locaux arabo-berbères (Aarjei – Arifi – Samiel- Ghibli ), d’où le caractère réaliste du thème abordé .D’autre part, par le biais de cette personnification doublée d’apostrophe ( c’est-à-dire  la figure de rhétorique qui consiste à interpeller directement une personne ou une chose personnifiée) , le locuteur ( celui qui parle dans le texte )  place les destinataires dans une position d’agresseurs et en face d’eux  soi-même ainsi que ses concitoyens sudistes dans une situation d’agressés , ce qui a donné une construction binaire du texte  formée de deux isotopies distinctes ( vents attaquants / humains attaqués )sur lesquelles ont été distribués la plupart des vocables du poème .Ensuite, en plus de ce découpage vertical du niveau sémantique, le poète en a opéré un second sur le plan pragmatique, en adressant ses appels successivement aux quatre vents cités .Néanmoins , la valeur de ce poème ne se limite pas à cette finesse avec laquelle ont été confectionnées son ossature et sa texture .Elle  s’étend aussi à son contenu qui laisse entrevoir, malgré son enracinement dans le local algérien,  une dimension existentielle et humaine plus vaste , en mettant l’accent sur la lutte millénaire incessante de l’Homme, physiquement faible,  contre les forces néfastes de la nature .

Un poème subtilement conçu, empreint d’une grande sensibilité envers l’homme dans sa confrontation avec les conditions climatiques sévères .

 

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