La carapace par : Chaabane Chaouch Lyes –Bab-Ezzouar –Alger- Algérie

 

Cette histoire est dédiée à tous ceux  qui n’aiment pas qu’on leurs raconte des histoires.

Chaabane Chaouch Lyes

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Chaabane Chaouch Lyes

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Le récit raconte l’histoire d’une petite tortue fraîchement sortie de sa coquille. Elle est pleine d’espoir et de vie. Elle se précipite à la force de ses pattes vers le rivage, guidée seulement par son instinct. Mais dans ce passage de l’obscurité à cette première lueur du jour, sa vue est encore brouillée, et elle se heurte dans sa course pressée à un énorme rocher. Un peu assommée, elle relève la tête pour mieux voir l’obstacle inopportun. Elle se rend compte alors que celui-ci n’est autre chose qu’une carapace… abandonnée. Elle en fait plusieurs fois le tour, s’interrogeant, à juste raison, sur le sort de l’occupant. Devant la carapace imposante, la petite tortue est fascinée comme le sont toujours les petits êtres devant les grands objets.

A l’appel pressant du destin, elle décide de reprendre son chemin, mais à ce moment une idée lui effleure l’esprit: Combien d’années d’attente cette carapace peut-elle m’épargner? Pourquoi attendre de longues années avant de jouir d’un bel abri contre danger et intempérie? Une chance qu’il est peu probable que je reverrai. Une voix en elle l’exhorte pourtant à ignorer cette pensée. Mais après brève réflexion  elle se décide à l’action. Elle s’installe durablement dans cette demeure nouvelle qui n’est pas, il faut l’avouer, sans quelques vertus.

Ses premiers jours, elle les passe enfermée dans sa carapace; s’étant fixé comme règle de ne jamais sortir que pour se nourrir, faire vite, et revenir pour se prémunir ainsi contre tout danger. La nourriture se faisant de plus en plus rare dans les alentours, elle doit s’éloigner un peu plus à chaque fois pour la trouver.Et bien que ne dérogeant jamais à la règle, elle vit un jour l’effroi quand un  oiseau de proie a failli en faire son plat du jour. Elle prend alors la résolution de ne plus sortir en mission que recouverte de son armure.

Elle se positionne à l’intérieur comme elle le peut: une tête par-là, une queue par-ci, maintenant, A NOUS LA VIE!

Mais elle doit vite déchanter, car ce lourd fardeau n’est point facile à porter. Par manque de discernement, elle confond détermination et aveugle entêtement; elle redouble d’efforts, croyant à tort, qu’elle finira par triompher. A la tombée de la nuit, ses forces épuisées, elle doit abandonner pour reprendre à la fraîcheur du lendemain.La seconde journée est elle aussi  sans grand succès…et ainsi que tous les jours qui vont se succéder.

Depuis ce jour, la petite tortue continue ses vains efforts en attendant des  jours meilleurs où grandiront ses forces et lui permettront, peut-être,de porter l’encombrant fardeau.

La petite tortue aurait dû retenir, à ses dépens, cette simple leçon: qu’à son âge,il vaut mieux être un peu fragile,mais avoir les pattes agiles, que de s’encombrer d’un tel fardeau.C’est à ce prix qu’est sa liberté.

C’est là l’histoire répétée de jeunes nations indépendantes qui, au lieu de chercher leurs propres voies,ont fait le choix de s’installer dans des modèles et des structures qui ne sont nullement taillées à leurs mesures. Il s’ensuit un échec répété; et réforme après réforme sont d’échecs couronnées….Et sans délai, de nouvelles réformes sont annoncées. Tous les efforts n’ont pas servi à les hisser au rang des grands dans un quelconque classement; bien que des réalisations de prestige, qui ont été chèrement acquises,puissent suggérer autrement. Elles sont restées, de bon gré,dans cette carapace emprisonnées.

C’est d’un tel état de choses que l’auteur s’est inspiré, mais il est certain que le lecteur a été interpellé par bien d’autres situations où les erreurs de trajectoires ressemblent un peu à notre histoire.

 

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