Les archives des commentaires poétiques de Mohamed Salah Ben Amor :38– Les poèmes d’Abdelmalek Rochdi:38 -3 :Le radeau tremblant

Abdelmalek Rochdi

 

Qui es-tu, promeneur solitaire ?
Image éphémère,
Passager sans gite dans la nuit tentaculaire,
Maitre domestique du mot…
Etrange cavalier,
Ne te retourne pas !
Dans ta Sodome et ta Gomorrhe ,
l’Histoire rampe lapidée…
Enlève le mors saignant de ton cheval,
Efface les ornières ombilicales de ta calèche ,
Etouffe le silence qui leste ta peine …
Et du haut de la colline ,
Appelle ,
Magicien de notre temps ,
Change le monde !
Ils le veulent polymorphe…
Appelle,
Appelle,
Et ne répond pas ,
Le déluge te répondra !
Qui est tu,
Silhouette éperdue
Sur ton radeau tremblant ?

 

Le Moi qui se reflète à travers les poèmes de cet auteur nous surprend toujours par un aspect nouveau insoupçonné qui le fait sortir des modèles habituels .En effet, à côté de l’image du poète engagé que nous avions quelque fois de lui, ou celle du poète philosophe qui porte un regard interrogatif sur le monde et l‘Homme, il se présente cette fois sous les traits d’un poète prophète à la Gibran Khalil Gibran en rupture totale avec la façon de penser de ses contemporains, ce qui a pour effet de le démarquer du troupeau et l’engager dans la voie de l’errance, en quête de pureté et d’élévation spirituelle .
De ce fait, le poème-ci-haut a été axé sur deux objectifs principaux :la mise en évidence de l’état d’âme et d’esprit du poète et le rôle qu’il est appelé à jouer dans son milieu .Concernant le premier élément constitutif du thème traité, le poète nous apparaît profondément préoccupé et souffrant moralement (le silence qui leste ta peine – mors saignant de ton cheval) devant la dégradation des valeurs dans ce milieu où le destin l’a placé (Sodome et ta Gomorrhe ) et aussi conséquemment à l’auto-exclusion qu’il s’est choisie pour éviter d’être souillé .Quant au second élément ,il consiste en deux actions positives liées par le lien cause à effet qu’il doit accomplir :se changer et changer la monde .Pou accomplir ce  double changement , il doit , d’abord, se tirer de son état d’accablement (enlève le mors saignant de ton cheval, /efface les ornières ombilicales de ta calèche , /étouffe le silence qui leste ta peine ) avant d’aller à l’avant (ne te retourne pas ) et s’attaquer aux sources du mal (appelle , appelle, appelle – change le monde ).Et ici, le poète prophète se transforme en un poète engagé ,d’où la complémentarité de ces deux images qui nous ont paru , au début, contradictoires .
Quant au style, il est conforme aux caractéristiques de l’écriture de ce poète et en premier lieu l’ambiance énigmatique dans laquelle il fait baigner ses textes et qui les pourvoit de suspense et d’ambigüité.

 

 

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