Je dessine : par Adnan Al- Sayegh – poète irakien –Londres

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Adnan Al- Sayegh

 

Je dessine mon père et  lui dis :

Pourquoi m’as-tu laissé seul

En face des crapules ?

Je dessine une table

Et j’y invite mon enfance.

Je dessine une flûte

Et me glisse  à travers ses trous

Vers les villages lointains.

Je dessine une avenue

Et j’y flâne avec mes rêves.

Je dessine mon cœur et lui demande :

Où es-tu ?! 

 

Commentaire de Mohamed Salah Ben Amor :

 

L’âme tragique , telle que l’a définie le philosophe hongrois Georg Lukács (1885 – 1971  )se caractérise essentiellement par sa rupture totale avec le monde , ce qui engendre soit un acheminement progressif vers la folie ou même vers la mort,  soit une fuite en arrière ( la fuite en avant étant une réaction agressive envers autrui ) dans l’espoir de trouver, ne serait-ce que momentanément, un refuge quelconque, réel ou illusoire , loin des tracas de la vie . Et c’est le dernier cas de figure  qui s’applique à l’auteur de ces vers qui a vécu et vit encore  depuis de longues années  à l’étranger où il est constamment en proie aux affres douloureux de l’éloignement loin de son pays natal l’Irak.

L’élément le plus frappant dans ce texte est qu’il nous met en face d’une triple fuite : l’une dans le temps et les deux autres dans l’espace .La première vers l’enfance qui symbolise le giron chaleureux et protecteur des parents, perdu depuis l’entrée forcée dans l’âge adulte. Mais ce n’est qu’une démarche désespérée et vouée d’avance à l’échec, vu que la roue du temps ne tourne jamais en arrière. La deuxième et la troisième quant à elles   se produisent: l’une  vers un  lieu indéfini ( les villages lointains) et l’autre en direction d’une avenue quelconque .Mais quels  que soit la nature de ces lieux , il ne peuvent être que mille fois meilleurs que l’Ici-maintenant , car la vie campagnarde demeure encore plus proche de la nature et non encore totalement souillée par la  mesquinerie citadine et l’avenue a cette qualité d’offrir aux passants l’occasion de jouir d’une liberté minime  , celle  de la traverser généralement  incognito .Cependant, il ne s’agit,  dans ces deux cas,  que de  souhaits  irréalisables , étant donné que pour arriver aux villages en question , il faut « glisser  à travers les trous d’une flûte” et que la liberté offerte par l’avenue, on ne peut en profiter que dans le rêve . D’où une sensation amère d’encerclement  dans le milieu soi-disant d’accueil, une sensation  qui s’exprime sous forme  d’un sentiment d’orphelinat et de solitude en face d’une adversité perfide et scélérate et d’une perte de repère affective (Je dessine mon cœur et lui demande :où es-tu ?!) .

Stylistiquement , la métaphore charnière du dessin et du dialogue avec les figurines exécutées sur le blanc du papier ont empreint le poème d’un charme particulier . 

 

Un commentaire

  1. Avatar

    Bonjour Adnan Al- Sayegh,

    A ton auto interrogation : Mon coeur où es-tu ? ,
    Je ne dirai qu’une chose,
    Ton coeur est là qui en posant ces vers, interpelle tout les poètes de la terre.
    Qu’ils soient exilés ou pas.
    Oui ton coeur est là….

    Courage, à TOI Adnan Al- Sayegh !!!
    Fraternellement. Moi je t’invite à ma table ouverte pleine de mots, de chansons, de poésie et chargée d’Amour et de Paix.

    Rémy Ducassé.

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