{"id":7966,"date":"2018-04-20T16:02:34","date_gmt":"2018-04-20T15:02:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.masharif.com\/fr\/?p=7966"},"modified":"2018-04-20T16:02:56","modified_gmt":"2018-04-20T15:02:56","slug":"archives-commentaires-poetiques-de-mohamed-salah-ben-amor-3-poemes-recits-de-patricia-laranco-3-13-phobie-sociale","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.masharif.com\/fr\/2018\/04\/20\/archives-commentaires-poetiques-de-mohamed-salah-ben-amor-3-poemes-recits-de-patricia-laranco-3-13-phobie-sociale\/","title":{"rendered":"Les archives des commentaires po\u00e9tiques de Mohamed Salah Ben Amor :3 &#8211; Les po\u00e8mes et les r\u00e9cits de Patricia Laranco :3-13 :Phobie sociale"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_7386\" style=\"width: 210px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/www.masharif.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/index-2.jpg\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-7386\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-7386 size-medium\" src=\"http:\/\/www.masharif.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/index-2-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.masharif.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/index-2-200x300.jpg 200w, http:\/\/www.masharif.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/index-2.jpg 440w\" sizes=\"(max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-7386\" class=\"wp-caption-text\">Patricia Laranco<\/p><\/div>\n<p><a href=\"http:\/\/www.masharif.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/depression-3297810_960_720.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-medium wp-image-7967\" src=\"http:\/\/www.masharif.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/depression-3297810_960_720-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"http:\/\/www.masharif.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/depression-3297810_960_720-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.masharif.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/depression-3297810_960_720-768x576.jpg 768w, http:\/\/www.masharif.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/depression-3297810_960_720.jpg 960w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><strong>\u00a0<\/strong><\/em><\/p>\n<p><strong>La maison \u00e9tait remplie de pi\u00e8ces ombreuses, de r\u00e9duits feutr\u00e9s, d&#8217;alc\u00f4ves tapiss\u00e9es de laine qui y entretenaient une atmosph\u00e8re duveteuse.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sous le coup de l\u2019ennui, j\u2019y allais et venais inlassablement, de pi\u00e8ce en pi\u00e8ce, de salle de bain au carrelage glissant en chambre douillette o\u00f9 s&#8217;amoncelaient les jouets d&#8217;enfant qui voulaient \u00e0 toute force que je joue avec eux. Dans le fond, j&#8217;adorais ces pi\u00e8ces, elles m\u2019\u00e9taient tellement famili\u00e8res\u00a0! Elles avaient le don de me rassurer, de me rendre singuli\u00e8rement proche des objets qu&#8217;elles contenaient, qu\u2019elles proposaient sans cesse \u00e0 mon toucher, \u00e0 mon regard. Elles tissaient \u2013 et assuraient la p\u00e9rennit\u00e9 &#8211; d\u2019un monde d\u00e9nu\u00e9 de heurts.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mais immanquablement (quoique, le plus souvent, au terme de tr\u00e8s longues heures) surgissait la lassitude, l&#8217;impression d&#8217;avoir fait &#8220;tout le tour&#8221;, d&#8217;avoir \u00e9puis\u00e9 la totalit\u00e9 des plaisirs intimistes et solitaires que la vaste demeure aux angles si arrondis avait \u00e0 m\u2019offrir.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dominant ma peur, je me glissais alors vers la porte d&#8217;entr\u00e9e; je l&#8217;entrouvrais puis je risquais le bout de mon nez \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Constatant que tout \u00e9tait calme et une fois apais\u00e9s les battements de mon c\u0153ur dus \u00e0 l&#8217;appr\u00e9hension, je prenais le risque suppl\u00e9mentaire de me faufiler sur la terrasse.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Bien que toujours emmitoufl\u00e9e dans une aura invisible mais omnipr\u00e9sente de crainte, d&#8217;alerte, je contemplais le spectacle intimidant du monde ext\u00e9rieur. Sur le qui-vive, j&#8217;\u00e9tais, bien s\u00fbr, en permanence pr\u00eate \u00e0 battre en retraite.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Je songeais \u00e0 mon protecteur, dont l&#8217;absence s&#8217;\u00e9ternisait et, d\u00e8s lors, mon regard s&#8217;enhardissait, se levait vers le plus lointain des lointains, vers l&#8217;horizon de faubourgs plats et bleut\u00e9s par une brume l\u00e9g\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Juste devant moi, la terrasse, pleine de soleil et d&#8217;air qui s&#8217;en venaient frapper le ciment nu surplombait une longue esplanade dont les all\u00e9es de terre p\u00e2le \u00e9trangement bourbeuses \u00e9taient ponctu\u00e9es de rang\u00e9es d&#8217;arbres aux troncs trapus, \u00e0 l&#8217;\u00e9corce claire et noueuse qui paraissaient toutes align\u00e9es au garde-\u00e0-vous.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Aucun bruit ne se laissait entendre; nulle pr\u00e9sence humaine ne se trahissait. Ce silence et cette d\u00e9sertion par l&#8217;Homme faisaient mon bonheur. J&#8217;y voyais une gr\u00e2ce, un encouragement \u00e0 demeurer l\u00e0, \u00e0 baisser quelque peu la garde.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Je me grisais de cette sensation de nouveaut\u00e9,\u00a0 presque d&#8217;apesanteur qui ne manquait pas d&#8217;en r\u00e9sulter.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Toutefois, en g\u00e9n\u00e9ral, cette euphorie \u00e0 nulle autre pareille ne durait pas. Brusquement \u00e9clatait un bruit, que\u00a0 je trouvais, toujours, explosif, et qui la mettait en pi\u00e8ces.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Cela commen\u00e7ait par une r\u00e9sonance unique et isol\u00e9 puis tr\u00e8s tr\u00e8s vite, cela se convertissait en une onde de vacarme qui se mettait \u00e0 courir sur l&#8217;ensemble de l&#8217;espace. Et \u00e0 peine avais-je eu le temps de me demander quelle en \u00e9tait la source qu&#8217;ils apparaissaient&#8230;silhouettes juv\u00e9niles et remuantes enserr\u00e9es dans de longs pulls l\u00e2ches, tout simples.<\/strong><\/p>\n<p><strong>C&#8217;\u00e9taient les jeunes&#8230;les \u00e9tudiants en goguette, \u00e9lectris\u00e9s par leur app\u00e9tit de vivre.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Revenant en force, mon appr\u00e9hension se caillait dans ma trach\u00e9e art\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<p><strong>J&#8217;avais beau battre le rappel des mantras que j&#8217;avais appris et qui me serinaient pieusement qu'&#8221;il n&#8217;y avait pas de danger&#8221; et que &#8220;ce n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;un groupe de jeunes, de gosses&#8221;, la pression de l&#8217;appr\u00e9hension irraisonn\u00e9e se faisait trop forte. Ma r\u00e9solution cr\u00e2ne de &#8220;faire face, cette fois&#8221; s&#8217;\u00e9vanouissait en un clin d&#8217;\u0153il.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Et, piteusement, le c\u0153ur plus bruyant qu&#8217;un tambour dans ma poitrine, je rebroussais chemin, accabl\u00e9e de d\u00e9pit autant qu&#8217;assaillie de vague naus\u00e9e et de sueur froide, vers l&#8217;int\u00e9rieur de la grande maison, vers ses vastes pi\u00e8ces tranquilles, famili\u00e8res, reposantes, silencieuses. Matricielles.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>*<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8220;Il va bien falloir que tu te d\u00e9cides \u00e0 sortir, \u00e0 mener\u00a0 enfin une vie NORMALE !&#8221; me d\u00e9cocha, un jour, mon protecteur.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce n&#8217;\u00e9tait certes pas la premi\u00e8re fois qu&#8217;il me le disait, mais c&#8217;\u00e9tait, en revanche, la premi\u00e8re fois qu&#8217;il le martelait avec autant de force, d&#8217;impatience.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Puis il partit. Il avait ses affaires \u00e0 mener, \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Je me sentais, pour ma part, horriblement culpabilis\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il me semblait, du coup, que les murs, tout autour moi, se liqu\u00e9fiaient, et qu\u2019ils rapetissaient en se couvrant de grosses larmes glissantes, charnues en forme de perles.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce jour-l\u00e0, je laissai de longues, d&#8217;interminables minutes s&#8217;\u00e9couler tel une goutte \u00e0 goutte, en rongeant mon frein. J&#8217;\u00e9tais plong\u00e9e dans une sorte d&#8217;\u00e9tat d&#8217;immobilit\u00e9 cataleptique.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Par la suite, mon angoisse et ma col\u00e8re impuissante contre moi-m\u00eame se dissip\u00e8rent.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Je restai encore immobile de longues heures, mais cette fois en grin\u00e7ant des dents.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Puis mon corps me lan\u00e7a un signal d&#8217;alarme : je m&#8217;engourdissais !<\/strong><\/p>\n<p><strong>Assez p\u00e9niblement, je me levai, histoire de d\u00e9rouiller mes muscles; je fis les cent pas, en continuant \u00e0 grincer des dents, pareille \u00e0 une b\u00eate en cage. Finalement, un bout de phrase, d&#8217;abord n\u00e9buleux, s&#8217;insinua en moi. Lorsqu&#8217;il se d\u00e9canta, je sus ce qu&#8217;il avait \u00e0 dire : &#8220;\u00e7a ne peut plus durer\u00a0!&#8221;.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mais \u00e9tais-je pr\u00eate ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Non, certes pas. Il fallait se rendre \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence&#8230;<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma f\u00e9brilit\u00e9 nouvelle me poussa pourtant du c\u00f4t\u00e9 de la porte. Le c\u0153ur \u00e0 nouveau assailli par l&#8217;affolement, je l&#8217;entreb\u00e2illai.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le dehors et sa grande lumi\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Aucun mouvement; aucun son.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Vaguement rassur\u00e9e par cet indice qui me semblait de bon augure, je m&#8217;enhardis. Jusqu&#8217;\u00e0 avancer, jusqu\u2019\u00e0 me couler sur le ciment gris de la terrasse.<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&#8217;esplanade, au-dessous de moi, \u00e9tait vide; rigoureusement vide.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sans crier gare, une id\u00e9e loufoque mais imp\u00e9rieuse me vint.<\/strong><\/p>\n<p><strong>N&#8217;\u00e9coutant qu&#8217;elle, je me ruai de nouveau \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la maison, o\u00f9 je d\u00e9valai plus vite qu&#8217;une cataracte la vol\u00e9e de marches qui plongeait en direction des profondeurs du garage-remise.<\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u00e0, dans les remugles d&#8217;essence et de d\u00e9p\u00f4ts de poussi\u00e8re, je le vis, qui m&#8217;attendait.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mon enveloppe charnelle me r\u00e9clamant \u00e0 corps et \u00e0 cri de l&#8217;exercice et de l&#8217;air, je l&#8217;empoignai s\u00e9ance tenante.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>*<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>C&#8217;\u00e9tait un vieux v\u00e9lo recouvert de peinture noire \u00e9caill\u00e9e et de pans de rouille, tout gr\u00eale et fabuleusement roide.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Je le tra\u00eenai dehors, sur l&#8217;esplanade d\u00e9serte.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00c7a m&#8217;essouffla.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Je ne l&#8217;en enfourchai pas moins, me juchant sur la selle malcommode, triangulaire et plate (\u00e0 vrai dire, par son aspect, beaucoup plus semblable \u00e0 une truelle qu\u2019\u00e0 une selle), aussi d\u00e9mesur\u00e9ment haute que d\u00e9mesur\u00e9ment\u00a0 dure et, non moins d\u00e9sagr\u00e9ablement, pointue et dot\u00e9e de bords minces propres \u00e0 vous cisailler la chair. <\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u00e0-dessus, mon regard s&#8217;abaissa vers les p\u00e9dales : \u00e9taient-elles \u00e9tranges ! Elles consistaient en deux \u00e9normes et longs rectangles de m\u00e9tal tout plat dont la taille, par rapport au reste de l\u2019engin, semblait fabuleusement disproportionn\u00e9e et \u00e9taient bord\u00e9es sur tout leur pourtour d&#8217;un minuscule bourrelet de m\u00e9tal qui devait avoir soi-disant pour fonction de caler le pied. Reste que, vues sa hauteur d\u00e9risoire et sa minceur, il ne calait rien du tout, et que je n&#8217;avais jamais vu d&#8217;objet aussi absurdement incommode que cette fichue bicyclette&#8230;<\/strong><\/p>\n<p><strong>Bravement (car j&#8217;\u00e9tais tr\u00e8s d\u00e9termin\u00e9e) je logeai mes deux pieds chauss\u00e9s d&#8217;espadrilles \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de chacune de ces deux curieuses p\u00e9dales. J&#8217;appuyai \u00e0 mort ma semelle contre la surface plate, m\u00e9tallique, rectangulaire&#8230;cela n&#8217;allait pas \u00eatre \u00e9vident !<\/strong><\/p>\n<p><strong>Quelques minutes plus tard, n\u00e9anmoins, \u00e7a y \u00e9tait : je p\u00e9dalais ! Ou &#8211; plus exactement &#8211; je luttais de toutes mes forces contre la raideur grin\u00e7ante de cette machinerie et contre les multiples et dangereuses tra\u00eetrises des p\u00e9dales glissantes.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Je la poussai sur les all\u00e9es d\u00e9tremp\u00e9es, boueuses, satur\u00e9es de flaques d&#8217;eau et d&#8217;orni\u00e8res&#8230;tant que, bient\u00f4t, j&#8217;en eus membres et dos tout courbatus \u00e0 force d&#8217;efforts, d\u2019arc-boutements, de contorsions sans nombre, de frayeurs qui me sciaient le souffle.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mais je pers\u00e9v\u00e9rai pourtant, en me mordant inconsciemment la l\u00e8vre, l&#8217;\u0153il fix\u00e9\u00a0 de mani\u00e8re farouche et exclusive sur les emb\u00fbches que dressait devant moi la terre d\u00e9fonc\u00e9e, d&#8217;une p\u00e2leur de mastic.<\/strong><\/p>\n<p><strong>La bicyclette glissait et cahotait fort laborieusement, et c&#8217;\u00e9tait tout \u00e0 fait de justesse qu&#8217;elle \u00e9vitait les d\u00e9rapages\u00a0 fatidiques.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Bient\u00f4t, je fus si concentr\u00e9e sur ma t\u00e2che, sur ma volont\u00e9 de ma\u00eetrise de cet engin quasi-diabolique que je ne pr\u00eatais m\u00eame plus attention aux mouvements de l&#8217;arm\u00e9e de feuillages obscurs que le vent agitait sans tr\u00eave au-dessus de ma fr\u00eale personne.<\/strong><\/p>\n<p><strong>J\u2019accomplis, si je ne m&#8217;abuse, une bonne dizaine de fois le tour de l&#8217;esplanade.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Je ne vis pas non plus les nombreuses silhouettes de jeunes gens qui surgirent et se regroup\u00e8rent \u00e0 l&#8217;avant de l&#8217;esplanade, non loin de ma terrasse.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Quant au bruit de voix et de chahut qu&#8217;elles produisaient, la brise ne le porta pas davantage vers moi.<\/strong><\/p>\n<p><strong>J&#8217;\u00e9tais parvenue (\u00e7a tenait de l\u2019exploit\u00a0!) \u00e0 ma\u00eetriser compl\u00e8tement ce v\u00e9lo raide, mal foutu et aussi rouill\u00e9 qu&#8217;un vieil arthritique ou que la malheureuse recluse phobique sociale que j&#8217;\u00e9tais devenue.<\/strong><\/p>\n<p><strong>A quelques pas de moi, tout au bout de l&#8217;all\u00e9e creuse que j&#8217;\u00e9tais d\u00e9sormais\u00a0 en train de gravir, j&#8217;aper\u00e7us tout \u00e0 coup une haie de jambes de pantalon sombres qui s&#8217;agitaient. Sous le choc, je freinai, ce qui entra\u00eena un sinistre et long bruit de grincement.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Et je les vis pleinement. Tout pr\u00e8s.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce n&#8217;\u00e9taient rien d\u2019autre que de jeunes gar\u00e7ons souriants, qui respiraient la gaiet\u00e9 et la vie.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ils s&#8217;amusaient entre eux. De la mani\u00e8re la plus innocente du monde. Quand ils me virent, ils m\u2019adress\u00e8rent des regards francs, sympathiques, ouverts.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Je\u00a0 pris alors la mesure du caract\u00e8re totalement d\u00e9lirant de mes craintes. Et, d\u2019un seul coup, le noir nuage qui m\u2019enveloppait le mental se dissipa. Un rai de luminosit\u00e9 en profita pour s\u2019y frayer passage. J\u2019eus une soudaine et extraordinaire impression de d\u00e9livrance. Tout changeait.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Essayons de d\u00e9chiffrer les principaux signes symboliques utilis\u00e9s dans cette nouvelle. L\u2019id\u00e9e ma\u00eetresse de laquelle l\u2019auteure a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 son texte est le repli sur soi qui para\u00eet ici pathologique et qui a\u00a0 presque tous les sympt\u00f4mes de l\u2019autisme. Le premier \u00a0de ces signes est la maison\u00a0 pleine de pi\u00e8ces\u00a0 et d\u2019alc\u00f4ves\u00a0 dont la signification la plus probable serait l\u2019int\u00e9rieur de la locutrice \u00a0compos\u00e9 de plusieurs plis o\u00f9 logent\u00a0 une forte \u00a0appr\u00e9hension d\u2019origine inconnue \u00a0et \u00a0une crainte\u00a0 irraisonn\u00e9e . Le second est le vieux v\u00e9lo difficile \u00e0 manipuler qui peut signifier les obstacles d\u2019ordre psychologique \u00a0qui l\u2019emp\u00eacheraient d\u2019aller ais\u00e9ment vers l\u2019Autre \u00a0pour communiquer \u00a0sainement avec lui \u00a0.Quant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur vaste mais vide ,il joue surtout un r\u00f4le technique qui est d\u2019amplifier la phobie sociale de l\u2019auteure, \u00e9tant donn\u00e9 que \u00a0m\u00eame en l\u2019absence de l\u2019Autre ou la raret\u00e9 de sa pr\u00e9sence, \u00a0sa d\u00e9tresse demeure persistante . La fin a servi \u00e0 mettre en \u00e9vidence la distance \u00e9norme entre le trouble dont souffre la locutrice et les gens normaux et sains au niveau des relations sociales. Un texte bien \u00e9crit et dont le contenu est \u00a0riche et profond .<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00a0 La maison \u00e9tait remplie de pi\u00e8ces ombreuses, de r\u00e9duits feutr\u00e9s, d&#8217;alc\u00f4ves tapiss\u00e9es de laine qui y entretenaient une atmosph\u00e8re duveteuse. Sous le coup de l\u2019ennui, j\u2019y allais et venais inlassablement, de pi\u00e8ce en pi\u00e8ce, de salle de bain au carrelage glissant en chambre douillette o\u00f9 s&#8217;amoncelaient les jouets d&#8217;enfant qui voulaient \u00e0 toute &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":7386,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[8],"tags":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v19.3 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Les archives des commentaires po\u00e9tiques de Mohamed Salah Ben Amor :3 - Les po\u00e8mes et les r\u00e9cits de Patricia Laranco :3-13 :Phobie sociale - Culminances<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.masharif.com\/fr\/2018\/04\/20\/archives-commentaires-poetiques-de-mohamed-salah-ben-amor-3-poemes-recits-de-patricia-laranco-3-13-phobie-sociale\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Les archives des commentaires po\u00e9tiques de Mohamed Salah Ben Amor :3 - Les po\u00e8mes et les r\u00e9cits de Patricia Laranco :3-13 :Phobie sociale - Culminances\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"&nbsp; \u00a0 La maison \u00e9tait remplie de pi\u00e8ces ombreuses, de r\u00e9duits feutr\u00e9s, d&#8217;alc\u00f4ves tapiss\u00e9es de laine qui y entretenaient une atmosph\u00e8re duveteuse. 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